Mon épopée sur Garry's Mod

Mon épopée sur Garry's Mod

Florian Trayon

Story in a video game is like story in a porno. You expect it to be there, but it’s not that important.

Garry Newman

C’est moi ou quelque chose a changé ici ?

Bonjour ! Non, vous ne rêvez pas : il y a bien eu des changements sur ce blog. Peut-être que vous allez me détester ou m’adorer, mais après tout… peu importe, non ?

Pour beaucoup d’entre vous (si tant est que quelqu’un lise ces articles en dehors de mon entourage), la seule modification visible sera un changement de police de caractères. Jusqu’à présent, le blog utilisait Inter, une police que l’on retrouve sur quasiment 90 % des nouveaux sites Internet aujourd’hui, pour une raison qui m’échappe complètement. Mais bon, vous comprenez, c’est tendance. ✨

Les tendances, c’est sympa, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. J’ai donc complètement vrillé en basculant vers une police franco-française appelée Luciole ! Créée par Centre Technique Régional pour la Déficience Visuelle et le studio typographies.fr en partenariat avec plusieurs laboratoires de recherche français et suisse, elle a été pensée pour faciliter la lecture à l’écran des personnes ayant un handicap visuel. En plus d’être, à mes yeux, bien plus agréable à lire, elle permet aussi de mettre en avant des typographies plus inclusives pour tout le monde. Je ne pense pas voir beaucoup d’autres sites utiliser cette police, qui peut paraître un peu clivante et moins consensuelle que les polices traditionnelles, mais bon… je ne suis pas là pour faire du lobbying hein.

Exemple de la police de caractères Luciole Exemple de la police de caractères Luciole (Crédit photo : Luciole Vision)

L’autre changement, vous l’avez peut-être remarqué uniquement si vous êtes un gros geek avec la console de développement ouverte en permanence, ou si vous habitez au fin fond de la Creuse avec une connexion ADSL qui ne verra probablement jamais la fibre arriver : les images chargent plus vite. BEAUCOUP plus vite. On dit d’abord merci au format WebP, qui permet de réduire drastiquement la taille des images tout en conservant une qualité similaire, sans compression visible à l’œil nu. En plus de ça, les images ont été redimensionnées à des résolutions plus raisonnables. Parce que bon, laisser des images prévues pour des écrans 4K, voire plus, sur un simple blog, c’est un peu comme faire ses courses en Lamborghini Gallardo : c’est absurde. 😉

D’autres petits changements techniques ont également été apportés, mais ceux-là ne feront pas de différence notable pour le commun des mortels. En revanche, la planète, elle, me dira merci. Oui, parce qu’en réduisant le poids des images, la quantité totale de données téléchargées à l’arrivée sur le site, le nombre de requêtes HTTP et quelques autres optimisations du même genre, on obtient une consommation d’énergie plus faible et une empreinte environnementale réduite pour faire fonctionner tout ça. Et ça, ce n’est pas négligeable.

Bon d’accord… mais on ne devait pas parler d’autre chose ?

Oui, c’est vrai. Et avant de clôturer cette longue introduction, il faut savoir que j’ai pris la décision d’arrêter d’annoncer les sujets à l’avance. Tout simplement parce que les thèmes que je peux choisir deux mois plus tôt peuvent très vite se périmer dans mon esprit. Je préfère garder une certaine fraîcheur et une spontanéité dans mes articles. Donc désormais, je ne vous dirai plus de quoi parlera le prochain billet du blog.

Toutefois, même si un article sur les annonces de recrutement est quasiment infaisable, principalement parce que je ne suis pas assez confronté au sujet pour éviter de tomber dans le purement subjectif, je peux déjà vous dire qu’il y aura probablement, un jour, un article sur les déboires de nos amis américains. Il y a énormément de choses à dire, mais tout évolue tellement vite que je n’ai pas envie d’écrire un article qui serait déjà obsolète au moment de sa publication, ce qui serait quand même un peu dommage.

Parce que oui, le but de ces articles, c’est aussi de conserver un contenu relativement intemporel malgré les changements. Et même si, par exemple, mon article sur l’industrie automobile reste encore largement d’actualité, on vient tout de même d’apprendre que Stellantis allait finalement mettre au rebut le moteur français PureTech (conçu à l’époque par le groupe PSA avant son rachat) pour le remplacer, enfin 😏, par les moteurs FireFly conçus par Fiat. L’heure de la vengeance italienne a sonné. Et honnêtement, c’est une excellente nouvelle, parce que les moteurs FireFly ont la réputation d’être robustes, fiables, performants et économiques. Reste maintenant à voir ce que ça donnera dans la pratique !

Garry’s Mod, c’est quoi ?

Avant de commencer et d’entrer dans le vif du sujet, cet article est aussi l’occasion de remercier toutes les personnes qui m’ont marqué et accompagné durant mes jeunes années sur ce jeu vidéo que je vais vous présenter. Depuis mes débuts jusqu’au fait de grandir au sein d’une communauté qui a, en partie, forgé la personne que je suis aujourd’hui. Ça prend encore plus de sens en ce moment, où je vois certaines personnes chères, parfois rencontrées grâce à Garry’s Mod, traverser des périodes compliquées ou faire des choix de vie qui obligent à se poser des questions sur la nature de nos relations et, dans certains cas, à prendre un peu de distance pour avancer. Malgré tout, il faut rester optimiste et se dire que rien n’est vraiment perdu : les souvenirs restent éternels, et cet article sera une belle trace de leur passage dans ma vie virtuelle !

Bien, Garry’s Mod, qu’est-ce que c’est ? (ENFIN). D’abord, c’est un jeu vidéo de type bac à sable, c’est-à-dire un jeu qui ne propose pas de but précis, pas d’histoire, pas de missions ou d’objectifs à accomplir comme un jeu vidéo classique. Le jeu repose sur le très célèbre Half-Life 2, et si vous ne connaissez pas, je vous invite à regarder la vidéo juste en dessous pour comprendre, en gros résumé, de quoi il s’agit.

Le jeu Half-Life 2, basé sur le moteur Source de Valve, également derrière la plateforme de distribution de jeux vidéo Steam, a été un énorme succès lors de sa sortie en 2004. Pourquoi ? Parce qu’au-delà de ses graphismes extrêmement avancés pour l’époque, le jeu proposait une expérience immersive, avec une histoire captivante, des personnages marquants et un gameplay particulièrement innovant. Si vous voulez comparer avec la concurrence de l’époque, regardez simplement ce que proposait Grand Theft Auto : San Andreas, sorti la même année, et vous comprendrez rapidement à quel point le jeu de Valve était un véritable bijou technologique.

Rendu en jeu de la campagne itinéraire kanal dans Half-Life 2 (2004) Rendu en jeu de la campagne itinéraire kanal dans Half-Life 2 (2004) (Crédit photo : Valve Corporation)

Rendu en jeu de « Groove Street » dans Grand Theft Auto : San Andreas (2004) Rendu en jeu de « Groove Street » dans Grand Theft Auto : San Andreas (2004) (Crédit photo : Rockstar Games)

À cette même époque, un développeur du nom de Garry Newman, fan de la franchise Half-Life, décide de créer un mod basé sur le moteur Source et le tout récent Half-Life 2 afin de permettre aux joueurs d’exploiter les outils du moteur pour créer leurs propres expériences de jeu. C’est ainsi que Garry’s Mod est né, non sans difficulté, avant de sortir dans une première version standalone sur Steam en 2006.

Le succès n’a pas été immédiat, mais au fil du temps, grâce à une communauté extrêmement active et créative, au succès grandissant des suites de Half-Life 2 via les épisodes 1 et 2, sortis respectivement en 2006 et 2007, à la saga Portal, à l’explosion de Steam et à l’avènement du jeu en ligne sur des stations de travail toujours plus puissantes, Garry’s Mod a fini par exploser à son tour. Aujourd’hui encore, près de vingt ans après sa sortie, le jeu reste l’un des titres les plus vendus sur Steam et continue de rassembler une communauté active, stable et fidèle, toujours supporté par Facepunch Studios, le studio de Garry Newman, avec des mises à jour régulières malgré l’âge avancé du moteur Source.

Non désolé, je ne parlerai pas de S&box, qui est son successeur spirituel, sorti il y a à peine quelques semaines. Pour l’instant, on reste dans le passé. Je vais être allergique au changement pour ce blog.

Mes débuts sur la communauté MGC

Je ne vais pas vous mentir, j’ai découvert Garry’s Mod notamment grâce à mon frère, qui y jouait déjà depuis un moment et m’avait offert le jeu pour que je puisse m’y mettre aussi. Enfin… en réalité, il me l’avait surtout offert pour que je puisse jouer avec lui et sa bande de potes de l’époque.

Alors, on fait quoi sur Garry’s Mod ? Eh bien, le jeu propose une multitude de modes de jeu, de serveurs et de communautés différentes, chacun avec ses propres règles, objectifs et styles de jeu. Il y a par exemple des modes extrêmement populaires comme DarkRP, un mode de jeu de rôle où les joueurs incarnent des personnages dans une ville virtuelle afin de gagner de l’argent, faire du commerce, commettre des crimes ou simplement vivre leur petite vie virtuelle. Il existe aussi des modes comme Murder, un jeu de déduction où les joueurs doivent unir leurs forces pour identifier et éliminer le meurtrier, pendant que ce dernier tente de se fondre dans la masse pour assassiner discrètement les pauvres innocents pour remporter la partie.

Fond d'écran accessible depuis Garry's Mod version 13 Fond d’écran accessible depuis Garry’s Mod version 13 (Crédit photo : Facepunch Studios)

Enfin, je peux citer le mode JailBreak, où tous les joueurs se retrouvent dans une prison répartie en deux équipes : les gardiens et les prisonniers. Chaque manche possède une limite de temps, et les gardiens doivent éliminer les prisonniers à travers des jeux souvent mortels (un peu comme Squid Game), jusqu’à n’en laisser qu’un seul en vie, qui aura alors le privilège d’exaucer une dernière volonté, parfois très violente envers les gardiens. De leur côté, les prisonniers doivent profiter d’un moment de faiblesse pour se rebeller et tuer tous les gardiens sans se laisser soumettre.

Je vous ai cité seulement trois modes de jeu, mais dites-vous qu’il en existe des centaines. Certains sont tombés dans l’oubli avec le temps, tandis que d’autres sont restés complètement intemporels au fil des années et continuent encore aujourd’hui d’être parmi les modes de jeu les plus populaires du jeu.

Un joueur fidèle, un joueur heureux

Vous vous rappelez du mode de jeu JailBreak ? Eh bien, c’est dans ce mode de jeu que j’ai fait mes débuts sur Garry’s Mod, en 2013. C’est aussi là que j’ai découvert la communauté MGC, une communauté francophone dont l’acronyme signifiait « MultiGaming Corporation ». En réalité, c’était une structure fondée en 2012 qui proposait plusieurs serveurs JailBreak sur Garry’s Mod ainsi que des serveurs sur Counter-Strike : Global Offensive. À l’époque, les serveurs Garry’s Mod réunissaient facilement une cinquantaine de joueurs connectés simultanément sur plusieurs serveurs, ce qui était énorme pour un mode de jeu considéré comme relativement niche, mais qui avait réussi à trouver son public et à construire une communauté particulièrement fidèle. Les serveurs CS:GO étaient un peu moins populaires, mais proposaient une expérience bien plus compétitive, davantage orientée vers les joueurs expérimentés, avec une équipe administrative totalement différente de celle de Garry’s Mod.

Capture d'écran de moi-même en début de partie JailBreak (2014) Capture d’écran de moi-même en début de partie JailBreak (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Avec le temps, c’était toujours la même routine : sortie de l’école, direction immédiate vers mon ordinateur pour lancer TeamSpeak, rejoindre mes fidèles compagnons et discuter de tout et de rien. On faisait des blagues, on racontait nos journées, nos problèmes, mais SURTOUT, on lançait Garry’s Mod pour mettre la misère aux gardiens, pour notre plus grand plaisir. C’étaient des moments incroyables de rigolade, de complicité, de partage et d’amitié, qui ont créé des liens extrêmement forts entre nous alors qu’on était encore si jeunes (et si bêtes 🥸). Tout ça représentait aussi une sorte d’échappatoire à nos vies réelles qui, pour moi comme pour certains d’entre nous, n’étaient pas forcément très joyeuses. Mais ce monde virtuel nous permettait d’être qui nous voulions, de faire ce que nous voulions et surtout d’être entourés de personnes qui nous comprenaient, avec qui nous partagions des moments inoubliables.

Les mois et les années ont fini par passer, jusqu’à la fin de l’année 2014, où je suis devenu administrateur… et où j’ai découvert l’envers du décor. 😬

La face cachée de l’administration

En tant qu’administrateur, et auparavant simple joueur fidèle, j’ai commencé à voir comment fonctionnait réellement la communauté. J’ai fréquenté le fondateur ainsi que la personne en charge de l’hébergement des serveurs : des personnes bien plus âgées que nous, avec des responsabilités, des décisions à prendre, des problèmes à gérer et des conflits à résoudre pour maintenir la communauté à flot. Avec le recul, certaines décisions étaient très arbitraires, parfois injustes, voire abusives. Et c’est aussi à ce moment-là que j’ai compris que ces deux personnes se servaient énormément de notre crédulité, de notre temps et de notre énergie pour s’enrichir sur le dos des joueurs que nous étions censés encadrer.

Capture d'écran de mon passage en administrateur MGC (2014) Capture d’écran de mon passage en administrateur MGC (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Ah, vous avez loupé un épisode ? Oui, parce qu’un serveur Garry’s Mod, comme n’importe quel serveur, ça doit être hébergé, et évidemment, ce n’est pas gratuit. À cause de la nature du jeu, il était quasiment impossible d’intégrer de la publicité ou d’autres sources de revenus classiques. Alors, comme la quasi-totalité des serveurs à l’époque, les communautés proposaient des cosmétiques, des avantages en jeu ou encore des fameux grades « V.I.P » permettant d’obtenir différents privilèges. Personnellement, je trouvais ça plutôt normal et légitime. Tout le monde n’avait pas forcément les moyens de payer plusieurs serveurs de jeu de sa poche. Le problème, c’est que j’ai rapidement compris que les fondateurs de la communauté MGC ne se contentaient pas simplement de couvrir les frais : ils magouillaient aussi énormément de choses que je ne comprenais pas encore à l’époque. On nous poussait constamment à vendre davantage de cosmétiques, on nous imposait des objectifs, on recevait des coups de pression parce qu’on n’était pas assez « efficaces » ou « rentables ». Et honnêtement, ça m’avait énormément déçu.

Parce que quand vous êtes joueur, vous voyez surtout une génération d’administrateurs respectés, qui veillent au bon fonctionnement du serveur et au bien-être des joueurs. Chaque administrateur, peu importe son grade, avait sa personnalité, son charisme, sa manière de gérer les choses, ce qui les rendait respectables aux yeux de la communauté. Puis, progressivement, cette génération a été remplacée par une nouvelle. Et à ce moment-là, vous commencez à comprendre pourquoi certaines figures pourtant matures, justes et appréciées avaient fini par partir. L’envers du décor était beaucoup moins glorieux qu’on ne l’imaginait.

Capture d'écran du Manager MGC « Jean-Cul » en fin de partie JailBreak (2014) Capture d’écran du Manager MGC « Jean-Cul » en fin de partie JailBreak (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Dans le même temps, alors que la situation se dégradait de plus en plus, j’ai découvert une autre communauté : RealLife Roleplay (dont je parlerai plus en détail plus tard). Voyant que les joueurs les plus fidèles, dont moi, abandonnaient progressivement la gestion des serveurs, qui se vidaient à cause des problèmes techniques, de la mauvaise gestion et de l’absence totale de communication des fondateurs, la communauté MGC a tenté une dernière manœuvre : ouvrir un serveur DarkRP tout en fermant définitivement les serveurs JailBreak et Counter-Strike : Global Offensive afin d’essayer de sauver les meubles et maintenir des revenus stables. Tous les administrateurs, moi compris, ont été mis à contribution, avec des menaces de sanctions si nous jouions sur d’autres serveurs. C’était clairement la goutte de trop.

La fin d’une époque

Un matin, je me suis reconnecté sur le serveur TeamSpeak de la communauté et là… le choc. Plus aucun grade. J’étais redevenu un simple joueur, sans même le grade V.I.P que j’avais pourtant payé auparavant. Même chose pour plusieurs d’entre nous : la quasi-totalité de l’équipe administrative Garry’s Mod avait été écartée du jour au lendemain, sans aucune explication, sans avertissement et sans raison valable. Nous avons essayé d’en savoir plus auprès des fondateurs. Mais dès que l’un d’entre eux s’est connecté sur TeamSpeak, nous avons tous été bannis de la communauté avec pour motif officiel : « Bolosse. » (Oui, c’était réellement la raison affichée.) C’était la fin.

Avoir contribué, joué et donné autant de temps à une communauté qui m’avait tant apporté, pour finalement être jeté comme un malpropre sans la moindre explication, ça m’avait profondément dégoûté. Mais en même temps, je savais que je ne voulais plus y retourner. Certains d’entre nous ont migré vers RealLife Roleplay, d’autres ont complètement arrêté Garry’s Mod, d’autres encore ont continué leur route sur différents serveurs, mais pour nous, la communauté MGC était morte. C’était probablement ma première vraie expérience de perte. Perdre des gens très chers à mes yeux, perdre une communauté qui m’avait énormément apporté, perdre un monde virtuel dans lequel j’avais investi une partie de ma jeunesse, perdre des amis rencontrés à travers un simple jeu vidéo. C’était extrêmement difficile à vivre, mais ça m’a aussi appris énormément de choses sur les relations humaines, les communautés en ligne, les jeux vidéo… et surtout sur moi-même.

Capture d'écran d'un moment de délire sur le DarkRP MGC (2014) Capture d’écran d’un moment de délire sur le DarkRP MGC (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Quelque temps plus tard, la communauté a fini par fermer ses portes, faute de joueurs. Elle a tenté une réouverture en 2016 et, par pure curiosité, je m’y suis reconnecté. J’y ai même retrouvé un ancien ami (sous le pseudonyme « Jean-Cul », oui), qui était devenu Manager (le plus haut grade administratif juste en dessous des fondateurs). En le saluant avec enthousiasme, il m’a répondu sèchement : « Ah, t’es là toi. Si tu fais un pas de travers, je te recolle ton ban. » Pourtant, je ne lui avais jamais rien fait. Mais mon manque de « loyauté » deux ans plus tôt, ajouté au discours des fondateurs à notre encontre, avait visiblement suffi à faire de moi quelqu’un à abattre. Je ne savais même plus où me placer.

Trente minutes après mon arrivée, j’ai vu l’un des fondateurs se connecter avant de m’envoyer en message privé : « merci pour ton adresse IP », juste avant de me bannir à nouveau pour la raison : « Indésirable ». À ce moment-là, j’ai réellement compris qu’il me voulait du mal. Et connaissant déjà ses pratiques de DDoS (attaque par déni de service consistant à saturer une connexion Internet avec un nombre énorme de requêtes), j’ai eu très peur. À cette époque, mes parents n’auraient probablement rien compris si je leur avais expliqué la situation. Déjà parce qu’ils ne comprenaient pas grand-chose à l’informatique, mais aussi parce que leur réaction aurait sûrement été de me retirer mon ordinateur. Et ça, pour moi, c’était impensable : c’était littéralement mon échappatoire à la réalité.

Finalement, plusieurs semaines plus tard, il ne s’est absolument rien passé. Je ne sais pas si c’était parce que nous venions tout juste d’avoir la fibre optique (nous faisions partie des premiers raccordés en France !) ou simplement parce que mon adresse IP avait changé, mais rien n’est jamais arrivé. Et comme attendu, la communauté MGC a fini par fermer définitivement ses portes. À ce jour, je n’ai jamais retrouvé la moindre trace de cette communauté, de ses fondateurs ou même de ses serveurs.

Ce que j’en retiens

Je remercie alors tous les joueurs de cette époque, même si je ne pourrais probablement jamais me souvenir de tous vos pseudonymes. Je pense notamment à Akilanka, Legend Of Sparta (le best), Jean-Prantice, Miss Akiko, SkyZe, HeavenCube, Flying Octopus, le fameux Remirollais, Arkos, Jerémie Gwack ou encore Spidix Gonzales. Certains noms sont d’ailleurs encore visibles aujourd’hui via le groupe Steam de la communauté MGC.

Capture d'écran d'une session sur le mode de jeu « Elevator » avec des membres MGC (2014) Capture d’écran d’une session sur le mode de jeu « Elevator » avec des membres MGC (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Vous avez toutes et tous contribué à faire vivre cette communauté de manière exceptionnelle, à créer une ambiance conviviale, chaleureuse et respectueuse sur les serveurs MGC. Vous étiez des joueurs talentueux, créatifs et passionnés, capables de rendre chaque soirée mémorable à votre manière. Mais surtout, vous étiez des personnes humaines, empathiques et solidaires, qui savaient se soutenir dans les moments difficiles et partager les moments heureux. Je n’oublierai jamais ce que vous avez apporté à cette période de ma vie, et vous garderez toujours une place particulière dans mon cœur.

Concernant Over et Major, les deux fondateurs dont j’ai largement critiqué les actions, je préfère aujourd’hui garder une certaine distance avec cette colère. Oui, avec le recul, je continue de penser qu’ils ont abusé de la naïveté et de l’investissement de beaucoup de jeunes joueurs pour leur intérêt personnel, avec très peu de considération pour leur communauté et un énorme manque de communication, de transparence et d’honnêteté. Mais le temps a passé, et même si cette expérience m’a profondément marqué, elle m’a surtout appris ce que je ne voulais jamais reproduire envers d’autres personnes.

The best revenge is not to be like your enemy.

Marc Aurèle

Du répit sur RealLife Roleplay et la difficile transition

La page s’étant tournée, je me suis finalement immiscé sur ce nouveau serveur grâce à un ancien ami de la MGC, devenu joueur fidèle de cette nouvelle communauté dans laquelle je débarquais complètement déboussolé après mes derniers déboires. Et cette fois, il s’agissait de quelque chose de totalement différent : le jeu de rôle.

Qu’est-ce que c’est exactement, le jeu de rôle, et en quoi était-ce différent de tout ce que j’avais connu jusqu’à présent ? Eh bien, de manière simplifiée, le jeu de rôle consiste à incarner un personnage dans un monde virtuel et à interagir avec les autres joueurs afin de construire une histoire collective. Chaque joueur possède son propre personnage, sa personnalité, ses objectifs, son histoire et sa manière d’interagir avec les autres.

C’est un mode de jeu qui demande énormément d’imagination, de créativité, de patience et surtout un grand respect des règles ainsi que des autres joueurs. Bien fait, le jeu de rôle peut être extrêmement immersif, enrichissant et drôle. Mais à l’inverse, c’est aussi un univers très exigeant, parfois frustrant et souvent conflictuel, parce qu’il repose entièrement sur les interactions humaines.

Capture d'écran d'une cabane improvisée au centre-ville du serveur (2014) Capture d’écran d’une cabane improvisée au centre-ville du serveur (2014) (Crédit photo : Moi-même)

La découverte du jeu de rôle

RealLife Roleplay était une communauté fondée en 2011, soit un an avant la MGC, proposant un environnement de jeu de rôle basé sur un mode de jeu personnalisé inspiré des anciens serveurs anglophones PERP (Pulsar Effect RolePlay). Entre 2007 et 2012, ces serveurs faisaient partie des expériences RP les plus populaires de Garry’s Mod. Ils mettaient énormément l’accent sur l’immersion, le sérieux et l’implication des joueurs, avec des règles strictes, une hiérarchie très rigoureuse, une administration sévère et une communauté extrêmement investie.

Avec le temps, le mode PERP a fini par disparaître progressivement au profit du DarkRP, qui reprenait les mêmes bases, mais avec une approche beaucoup plus libre, anarchique et orientée vers le fun plutôt que vers le réalisme. RealLife Roleplay, de son côté, avait réussi à conserver l’essence de cette époque du RP sérieux au sein de la communauté francophone, avec en plus une base de code entièrement développée à la main par une seule personne : NightlyDev, aussi connu sous le nom de Nicolas McNamara.

À cette époque, RealLife Roleplay ne possédait qu’un seul serveur limité à 70 joueurs, mais il attirait chaque soir tellement de monde qu’il était quasiment constamment complet. Il fallait littéralement spammer la connexion pour espérer obtenir une place, puisqu’il n’existait aucun système de file d’attente. Le principe du serveur était relativement simple : vous commenciez comme simple citoyen, sans argent, sans métier et sans aucun contact, puis vous deviez construire votre vie virtuelle à partir de rien.

Le serveur proposait volontairement peu de métiers afin de pousser les joueurs à créer leurs propres interactions. Si vous restiez citoyen, vous finissiez généralement dans des activités illégales : culture et revente de drogue, vols de voitures, braquages, prises d’otages ou assassinats organisés. Et si ce milieu ne vous attirait pas particulièrement, il restait évidemment des professions plus « honnêtes », comme pompier, médecin, cuisinier pour les quelques restaurants de la ville, chauffeur de taxi, policier ou encore fonctionnaire municipal.

Capture d'écran d'une voiture de sport au centre-ville du serveur (2014) Capture d’écran d’une voiture de sport au centre-ville du serveur (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Une première soirée mémorable

Bref, il y en avait vraiment pour tous les goûts. Et honnêtement, la claque que je me suis prise en arrivant sur ce serveur a été monumentale. Je découvrais un monde virtuel totalement différent de tout ce que j’avais connu jusque-là : des règles extrêmement strictes, une hiérarchie très rigoureuse, une administration sévère et surtout une communauté incroyablement active et investie. Grâce à cet ancien joueur de la MGC qui m’avait invité à venir jouer sur le serveur, j’ai rapidement commencé à comprendre les rouages du RP sérieux.

Pour vous dire, je me souviens encore parfaitement de mon tout premier soir. J’apparais dans un hôtel miteux au beau milieu de la ville, puis on récupère une vieille voiture complètement éclatée pour partir s’isoler à la campagne afin de faire un peu de drogue et commencer à gagner nos premiers billets. (Comme si c’était aussi simple dans la vraie vie…) Une demi-heure plus tard, alors qu’on se trouvait au premier étage de notre taudis en location, on entend soudainement du bruit au rez-de-chaussée. Quatre hommes armés sont en train de crocheter notre porte. 😮

Je n’ai même pas le temps de demander « il se passe quoi ? » qu’ils sont déjà à l’intérieur. Mon ami, par réflexe et habitude, envoie immédiatement un message d’urgence à la police pendant que deux des braqueurs montent jusqu’à notre chambre avec des armes de guerre dans les mains pour nous dépouiller de 500 euros avec la phrase mythique : « Drop 500 » (phrase devenue une véritable blague dans la communauté francophone). Le pire dans l’histoire, c’est qu’ils décident ensuite de nous prendre en otage.

Et là commence probablement l’une des scènes les plus folles que j’ai vécues dans un jeu vidéo multijoueur. Pendant près de deux heures, nous restons enfermés dans cette maison perdue au milieu de nulle part pendant qu’un immense dispositif policier se met progressivement en place autour du quartier. Par la fenêtre, je vois des dizaines de joueurs s’organiser de manière ultra réaliste pour sécuriser la zone et tenter de sauver… deux pauvres idiots pris en otage dans une maison virtuelle. Des policiers arrivent de partout. Certains portent des équipements du RAID, d’autres bloquent les routes avec des blindés, pendant que des tireurs d’élite prennent position et que des négociateurs commencent à discuter avec les preneurs d’otages. Il y avait même des médecins prêts à intervenir. Tout ce monde coopérait de manière incroyablement crédible, coordonnée et immersive. Si ce n’était pas magique, alors je ne sais pas ce que c’était.

Vers 22 heures, heure de Florian, les ravisseurs nous annoncent finalement qu’ils vont nous tuer parce que le Maire (connard) a refusé de payer la rançon après discussion avec les commandants de police. Mais au moment où ils s’apprêtent à passer à l’action, des coups de feu éclatent soudainement. L’un des deux hommes armés présents avec nous s’effondre, abattu par un tireur d’élite. L’autre se jette immédiatement au sol pour éviter les tirs, pendant qu’on entend une énorme fusillade éclater au rez-de-chaussée.

Quelques secondes plus tard, deux colonnes d’unités du RAID déboulent dans la maison. Une dizaine de joueurs montent méthodiquement les escaliers, armes levées, pendant que le dernier preneur d’otage comprend que la situation est foutue. Pour éviter de perdre son personnage, son argent et probablement une partie de son ego, il décide finalement de se rendre. Il sort alors dans le couloir, les mains en l’air, avant de se faire plaquer au sol et menotter par toute l’équipe d’intervention. C’était juste incroyable. Je n’avais jamais vu ça dans un jeu vidéo. J’avais littéralement l’impression d’être dans un film d’action, sauf qu’ici tout était improvisé par de vrais joueurs qui jouaient leur rôle avec un sérieux et une immersion hallucinants. À la sortie de la maison, les médecins nous ont pris en charge pour nous emmener à l’hôpital, et même le Maire s’était déplacé pour venir nous voir pendant notre consultation.

Capture d'écran d'un policier décédé après l'assaut du RAID (2014) Capture d’écran d’un policier décédé après l’assaut du RAID (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Sans même m’en rendre compte, je venais probablement d’assister à l’un des événements les plus rares du serveur, le genre de scène qui ne se produisait peut-être qu’une fois par mois, voire moins. Mais tellement bien organisée, tellement immersive et tellement crédible que ça m’avait complètement impresionné.

La vie du serveur et la routine

Ce soir-là, en parcourant le forum du serveur et en découvrant la quantité d’informations publiées autour de cette prise d’otages, au point qu’une véritable gazette avait été rédigée pour raconter l’événement, j’ai compris que je venais de trouver bien plus qu’un simple serveur de jeu. J’avais trouvé une nouvelle communauté, un nouveau monde virtuel et une expérience totalement différente de tout ce que j’avais connu jusque-là. Une expérience qui allait me faire vivre des moments incroyables, des aventures épiques, des rencontres inoubliables et surtout construire des amitiés sincères et durables avec des personnes formidables.

J’ai alors installé Mumble (un logiciel du même genre que TeamSpeak) et je suis rapidement devenu un joueur extrêmement actif. Je passais plusieurs heures par jour sur le serveur, parfois des soirées entières, à participer aux événements organisés par la communauté et à créer différents personnages avec leurs histoires et leurs personnalités.

Capture d'écran d'un trafic de raclettes en tant que Médecin en Chef (2014) Capture d’écran d’un trafic de raclettes en tant que Médecin en Chef (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Et des événements, il y en avait énormément. J’ai participé à des dictatures, des guerres civiles, des catastrophes naturelles, des émeutes, des manifestations, mais aussi à des choses beaucoup plus légères comme des mariages, des enterrements, des anniversaires, des soirées à thème et énormément d’autres événements spéciaux. Même en dehors du serveur, la communauté organisait régulièrement des soirées sur d’autres modes de jeu juste pour se retrouver, discuter et passer du temps ensemble.

Guide pour une bonne dictature

Il faut que je vous explique comment s’organisait une dictature sur le serveur. Vous allez me dire : « Euhhh… pourquoi ? » Tout simplement parce que jusqu’à présent, les métiers légaux que je vous ai présentés restent relativement simples à imaginer.

Les pompiers, par exemple, avaient leur propre caserne et étaient chargés d’éteindre les incendies déclenchés naturellement par le serveur ou provoqués lors d’événements spéciaux organisés par les administrateurs. Les médecins travaillaient à l’hôpital, où ils soignaient aussi bien les simples citoyens que les policiers, pompiers ou toute autre personne ayant besoin de soins. Les cuisiniers, eux, géraient carrément un Burger King (oui, vous ne rêvez pas) ainsi qu’un restaurant chinois en plein centre-ville, où les joueurs venaient acheter de quoi manger avant de partir passer leur soirée en campagne à faire des activités parfaitement illégales. Les chauffeurs de taxi disposaient de véhicules prêtés gratuitement pour transporter les rares pouilleux n’ayant pas encore les moyens de s’acheter une voiture. Quant aux policiers, ils possédaient un immense commissariat avec cellules de détention, bureaux d’enquête, salles d’interrogatoire et salles de réunion. Leur rôle consistait évidemment à patrouiller, arrêter les criminels, enquêter sur les meurtres, mais surtout maintenir l’ordre dans toute la ville.

Tout ce petit monde était supervisé par le Chef de la Police, nommé par l’administration après candidature sur le forum, ainsi que par le Maire. Et justement, le Maire était un rôle un peu particulier : contrairement aux autres métiers importants, celui-ci était accessible à tous les joueurs… à condition de remporter une élection organisée toutes les deux semaines. Une fois élu, le Maire gérait la ville : les taxes, le budget des entreprises, les financements des services publics, les événements municipaux et même les politiques de sécurité, en durcissant parfois les amendes ou les peines de prison qui pouvaient atteindre plusieurs heures réelles pour certains joueurs.

Dans l’idée, le Maire était censé appliquer un programme politique, maintenir une certaine stabilité et profiter discrètement de ses privilèges pour s’enrichir un peu au passage. Mais là où les choses devenaient vraiment intéressantes, c’était avec les fameuses dictatures. Une fois par mois, le Maire en exercice pouvait déposer une demande sur le forum afin d’obtenir le droit de passer officiellement le serveur en état de dictature. Si l’administration validait le projet après une rapide présentation, alors tout basculait : le Maire devenait dictateur. Et à partir de ce moment-là, il pouvait pratiquement faire ce qu’il voulait.

Dans le manuel du parfait dictateur, il fallait généralement commencer par installer des barrages autour du centre-ville afin de filtrer les citoyens. Les policiers étaient remplacés par des militaires lourdement armés et les libertés fondamentales disparaissaient progressivement : rassemblements interdits, manifestations interdites, contrôles permanents, arrestations arbitraires… bref, tout ce qui pouvait menacer le pouvoir était sévèrement réprimé. Le dictateur pouvait aussi saisir des appartements, fermer des commerces ou accorder des monopoles à ses proches afin qu’une seule entreprise puisse contrôler tout un secteur économique du serveur. Mais surtout, il pouvait modifier les taxes de manière totalement absurde. En temps normal, les impôts étaient limités à 35 %. En dictature, ils pouvaient grimper jusqu’à… 95 % des revenus des joueurs, prélevés automatiquement sur leurs comptes bancaires toutes les heures. Et comme vous vous en doutez, l’argent, c’était littéralement le nerf de la guerre.

Dans la majorité des cas, les dictatures se terminaient relativement calmement : le mandat du Maire prenait fin, le serveur retrouvait son fonctionnement habituel et tout le monde reprenait une vie plus ou moins paisible. Mais parfois… les choses dégénéraient complètement. Quand un dictateur devenait trop gourmand et commençait à ruiner tout le serveur, les plus gros joueurs illégaux finissaient par organiser un soulèvement. Et là, c’était quelque chose. 🏴‍☠️

Concrètement, une trentaine de joueurs, parfois bien plus, se réunissaient discrètement dans un entrepôt perdu loin du centre-ville. Ils faisaient venir plusieurs vendeurs d’armes, s’équipaient de fusils d’assaut, de mitraillettes, de fusils à pompe, de grenades, de mines ou encore de cocktails Molotov, puis partaient en convoi vers le centre-ville à bord de voitures de sport. Les premiers barrages policiers étaient généralement balayés en quelques minutes : les policiers classiques, moins nombreux et moins équipés, ne pouvaient souvent rien faire à part fuir, se rendre… ou mourir pour la cause. Une fois arrivés dans le centre-ville, le dictateur ordonnait immédiatement aux militaires de verrouiller totalement la zone. Et là, ça ne rigolait plus du tout. Contrairement aux policiers classiques, les militaires représentaient les meilleurs éléments du serveur : équipements lourds, véhicules blindés, mitrailleuses, tireurs d’élite… souvent composés des joueurs les plus expérimentés des unités du RAID. Face à eux, les insurgés se faisaient parfois massacrer avant même d’approcher la mairie.

Capture d'écran quelques instants après l'assaut contre la Mairie en dictature (2014) Capture d’écran quelques instants après l’assaut contre la Mairie en dictature (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Mais certaines révoltes réussissaient malgré tout à percer les lignes après des pertes énormes. Les survivants atteignaient alors la mairie, transformée en véritable forteresse, où un dictateur acculé tentait de défendre son pouvoir avec ses derniers gardes du corps. Dans certains cas, des policiers rejoignaient même les insurgés pour faire tomber le régime. Dans d’autres, ils restaient loyaux jusqu’au bout. Après une dernière fusillade, le dictateur finissait généralement abattu et les joueurs illégaux étaient accueillis comme des héros devant la mairie. Le serveur retournait alors temporairement au chaos, mais une chose comptait plus que tout : les impôts revenaient enfin à la normale (~5 %) et les joueurs pouvaient souffler.

Les dictateurs les plus intelligents, eux, réussissaient parfois à faire durer leur régime pendant plusieurs jours, jusqu’à la fin de leur mandat. Et à force de taxes absurdes, certains amassaient des fortunes colossales de plusieurs millions d’euros virtuels, qu’ils réinvestissaient ensuite dans des entreprises, des propriétés, des voitures de luxe ou des armes rares. Finalement, ces dictatures étaient devenues de véritables événements communautaires : incroyablement amusants à vivre pour les spectateurs, extrêmement stressants pour les joueurs impliqués… et probablement encore plus pour l’administration. 😂

Le déclin progressif du serveur

Après plus d’un an passé sur RealLife Roleplay, j’ai commencé à jouer en parallèle sur un autre serveur appartenant cette fois à la communauté Combined Roleplay, dont je parlerai un peu plus tard. Mais avec le temps, la magie des débuts a progressivement commencé à disparaître. Pourquoi ? Parce que malgré son succès et sa popularité, RealLife Roleplay a fini par rencontrer certains problèmes assez classiques dans ce genre de communautés : mauvaise communication, conflits internes, départs massifs de joueurs vétérans… Bref, certains travers que j’avais déjà connus avec la MGC, mais à une échelle bien plus réduite et beaucoup moins toxique.

Contrairement à la MGC, je ne suis jamais entré dans l’équipe administrative de RealLife Roleplay. D’abord parce que mon emploi du temps devenait plus chargé, mais surtout parce qu’après ce que j’avais vécu auparavant, je sentais au fond de moi que je ne voulais plus m’investir autant dans une communauté en ligne. Le principal problème du serveur, c’était notamment sa stagnation technique. Il n’y avait quasiment aucune mise à jour importante pour suivre l’évolution de Garry’s Mod, très peu de nouvelles fonctionnalités, peu de nouveaux contenus et pratiquement aucune évolution majeure du gameplay. Sur le moment, l’expérience restait toujours extrêmement riche et immersive, mais à force, les joueurs commençaient naturellement à tourner en rond. À cela s’ajoutait une communauté très fermée, très élitiste et extrêmement hiérarchisée, où les nouveaux joueurs avaient souvent énormément de mal à trouver leur place ou à intégrer les différentes organisations déjà installées depuis des années.

J’étais arrivé en 2014 sur la version 2.0 du serveur, et même en 2015 puis en 2016, pratiquement rien n’avait changé. La raison était assez simple : NightlyDev, le fondateur et développeur principal du serveur, était également ingénieur en informatique et semblait de plus en plus pris par sa vie personnelle et professionnelle. Résultat : le développement du serveur était quasiment à l’arrêt. Petit à petit, les joueurs les plus actifs et les plus fidèles ont commencé à partir, à se lasser ou simplement à perdre l’envie de jouer. Et comme souvent dans ce genre de communauté, ça a créé un cercle vicieux : moins de joueurs entraînaient moins d’activité, donc moins d’intérêt, donc encore plus de départs. Malgré tout, j’ai continué à jouer de temps en temps sur RealLife Roleplay en parallèle de Combined Roleplay, jusqu’à ce que le serveur tombe progressivement à l’abandon en 2017, faute de joueurs et surtout faute de développement.

Dans le courant de cette même année, le fondateur a tenté une dernière relance avec le projet RealLife Roleplay 3.0, censé être une refonte technique complète du serveur : nouveaux métiers, nouvelles mécaniques de jeu, nouveaux contenus, nouvelles fonctionnalités… bref, une renaissance totale du projet. Mais malheureusement, après un premier teaser particulièrement prometteur, plus aucune nouvelle n’est jamais arrivée. Aucun suivi, aucune information supplémentaire, aucune mise à jour concrète sur l’avancement du projet. Le fondateur avait probablement compris que le chantier était devenu beaucoup trop ambitieux pour une seule personne, qu’il n’avait plus le temps, plus l’énergie ou peut-être tout simplement plus la motivation nécessaire pour continuer. Quoi qu’il en soit, la communauté a rapidement compris qu’il avait jeté l’éponge. Et fin 2017, RealLife Roleplay a définitivement fermé ses portes, emportant avec lui ce qui était sûrement le dernier grand serveur PERP de la communauté francophone.

Une fin plutôt douce

Même si les événements de RealLife Roleplay ont été bien moins dramatiques que ceux de la MGC, la fin de cette communauté ne m’a pas fait autant de peine. Déjà parce que je n’y étais pas autant attaché émotionnellement, mais surtout parce qu’à ce moment-là, j’étais déjà très actif sur une nouvelle communauté qui comblait progressivement tout ce que je recherchais et où je sentais que j’allais encore vivre de nouvelles expériences.

Malgré tout, RealLife Roleplay reste encore aujourd’hui un excellent souvenir. C’était une très belle communauté, remplie de personnes formidables avec qui j’ai partagé énormément de moments inoubliables. Bien sûr, elle avait aussi ses défauts, mais elle représentait surtout le dernier survivant d’une certaine époque du jeu de rôle sur Garry’s Mod : celle des serveurs PERP d’avant 2010, quand toute une génération de joueurs commençait par du RP sérieux avant d’aller se défouler sur des modes de jeu beaucoup plus chaotiques.

Mais les temps avaient changé. Les joueurs aussi. Les attentes également. Le jeu de rôle sur Garry’s Mod a progressivement évolué vers une approche beaucoup plus libre, plus anarchique et davantage orientée vers le fun immédiat que vers le réalisme et l’immersion. Et malgré son succès, sa popularité et sa longévité historique, RealLife Roleplay était devenu un serveur un peu à part dans la communauté francophone : avec une base de joueurs extrêmement fidèle et passionnée, mais aussi très fermée et très élitiste, ce qui empêchait pratiquement tout renouvellement naturel de la communauté et annonçait finalement une fin inévitable.

Capture d'écran d'une œuvre improvisée par Shawn Sanders (2014) Capture d’écran d’une œuvre improvisée par Shawn Sanders (2014) (Crédit photo : Moi-même)

Je remercie tout particulièrement une personne, connue sous le pseudonyme de Shawn Sanders. C’est lui qui m’a fait découvrir cette communauté après notre rencontre sur la MGC. C’est lui qui m’a invité sur le serveur, accompagné durant mes débuts, appris les rouages du RP sérieux et surtout permis de vivre des moments incroyables, des aventures mémorables et de construire une véritable amitié sincère et durable. Et évidemment… je l’ai retrouvé plus tard sur Combined Roleplay où j’ai rapidement compris (ce salaud !) qu’il n’allait absolument pas me lâcher d’une semelle pour ma troisième et dernière grande communauté de cœur.

J’ai nommé… roulement de tambour 🥁 : Combined Roleplay.

Tout ce qui commence à une fin, mais chaque fin ouvre un nouveau chemin.

Victor Hugo

Combined Roleplay, une partie de moi

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, déjà : félicitations ! Parce que je pense sincèrement que cette partie risque d’être aussi longue, voire plus longue, que les deux dernières parties réunies.

Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que j’ai fait activement partie de la communauté Combined Roleplay entre 2014 et 2021, soit quasiment depuis sa naissance, son apogée… puis sa fin. C’est là-bas que j’ai rencontré certaines des personnes les plus formidables de ma vie en ligne. Certaines sont encore aujourd’hui des amis très proches, l’une d’entre elles est même devenue ma meilleure amie, et d’autres continuent encore à m’entendre radoter sur TeamSpeak le soir après le travail (OUI, alors que Discord existe depuis des années 🤐), entre deux sessions de code. Pour vous dire à quel point cette communauté a compté pour moi : ce n’était pas simplement un serveur de jeu. Pendant plusieurs années, elle a littéralement fait partie de mon quotidien.

Donc honnêtement, si vous avez besoin de faire une pause, boire un café, aller chercher quelque chose à manger ou même faire une petite sieste… c’est probablement le moment idéal. Parce que ce qui va suivre risque d’être particulièrement long. Mais sincèrement, je pense que ça en vaut la peine.

Ce passage est dédicacé à Anthony Marquet, aussi appelé Discretoss sous son pseudonyme de l’époque.

Capture d'écran de la définition du bonheur par Discretoss (2014) Capture d’écran de la définition du bonheur par Discretoss (2014) (Crédit photo : Discretoss)

Le début d’une belle histoire

Vous connaissez votre dimanche idéal ? Personnellement, je m’en souviens très bien. Aussi loin que je puisse me le rappeler, j’ai découvert Combined Roleplay un dimanche grâce, entre autres, à mon frère et à Shawn Sanders, qui me poursuivait littéralement depuis l’époque de la MGC 😏. J’avais déjà mis les pieds sur le serveur pendant ma période MGC, puis un peu plus régulièrement durant mes aventures sur RealLife Roleplay, avant d’y jouer de manière vraiment assidue à partir du début de l’année 2015.

Mais alors, qu’est-ce que Combined Roleplay exactement ? Vous vous souvenez de l’univers de Half-Life 2 dont je vous ai longuement parlé au début de cet article ? Ce n’était pas pour rien. Fort de mon expérience dans le jeu de rôle, j’ai découvert un serveur qui mélangeait l’univers oppressant de Half-Life 2 avec une approche fortement inspirée du célèbre roman 1984 de George Orwell, dont RealLife Roleplay m’avait littéralement gavé pendant plusieurs mois.

Combined Roleplay était alors une communauté francophone centrée sur des serveurs RP basés sur l’univers de Half-Life 2. La communauté s’était d’abord construite autour d’un mode de jeu appelé « Clockwork », un mode de jeu RP anglophone payant permettant de créer facilement des serveurs Half-Life 2 RP extrêmement immersifs et très configurables. Dès 2013, Discretoss ainsi qu’un petit noyau de joueurs français avaient commencé à jouer dessus. Jusqu’à ce moment-là, ce type de serveurs était quasiment exclusivement réservé aux communautés étrangères, principalement anglophones. Mais Discretoss, passionné par cet univers, voulait absolument créer une véritable expérience francophone pour permettre aux joueurs français de découvrir ce style de jeu de rôle très particulier.

Capture d'écran d'une scène RP sur le mode de jeu « Clockwork » (2013) Capture d’écran d’une scène RP sur le mode de jeu « Clockwork » (2013) (Crédit photo : Discretoss)

C’est comme ça que Combined Roleplay est né. Le problème, c’est que le mode de jeu n’était absolument pas pensé pour les débutants. La prise en main était extrêmement rigide pour les nouveaux joueurs, surtout pour ceux qui ne connaissaient pas déjà l’univers de Half-Life 2. Les règles étaient incroyablement strictes, au point où… courir sans raison valable pouvait littéralement vous faire bannir du serveur. 😅

Half-Life 2, c’est quoi pour les flemards ?

OK, avant d’aller plus loin, petite révision rapide de l’univers de Half-Life 2 et surtout de l’interprétation narrative qu’en a faite Discretoss pour Combined Roleplay.

Si vous avez été un bon élève et regardé la vidéo au début de l’article, vous savez qu’à la fin des années 90, une expérience scientifique tourne catastrophiquement mal dans le centre de recherche américain Black Mesa. Cette catastrophe ouvre un portail vers une dimension parallèle appelée Xen, permettant à des créatures extraterrestres hostiles d’envahir la Terre. Quelques années plus tard, une autre faction extraterrestre bien plus puissante débarque : le Cartel (ou les Combine en anglais). Et là… l’humanité se fait littéralement écraser en à peine sept heures. Oui, rien que ça. 🫠

Depuis cette guerre éclair, le Cartel a pris le contrôle total de la planète. Les humains survivants sont soit devenus des collaborateurs vivant dans les Cités sous domination extraterrestre, soit des résistants cachés dans les campagnes, les forêts, les montagnes ou les égouts. Les Cités, justement, sont d’immenses métropoles fortifiées construites sur les ruines des anciennes villes humaines détruites pendant l’invasion. À l’intérieur, les populations vivent sous un régime totalitaire extrêmement brutal : surveillance permanente, propagande, travaux forcés, expérimentations scientifiques, humiliations publiques, tortures, exécutions… bref, une véritable dystopie à la 1984.

Pour maintenir l’ordre, le Cartel utilise également des figures humaines placées au sommet des Cités afin de donner l’illusion d’une autorité locale. Ces dirigeants servent principalement de pantins politiques chargés de promouvoir « l’Union Universelle », une manière un peu plus élégante (et surtout moins péjorative) de désigner le Cartel. Pendant ce temps, les résistants tentent tant bien que mal de survivre dans des bases secrètes où ils organisent des réseaux de communication, des camps de réfugiés, des sabotages et des opérations de guérilla contre les forces d’occupation.

Capture d'écran de l'administrateur de cité avec un soldat d'élite du Cartel (2015) Capture d’écran de l’administrateur de cité avec un soldat d’élite du Cartel (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Le jeu Half-Life 2 commence justement au moment où Gordon Freeman, ancien scientifique de Black Mesa et personnage contrôlé par le joueur, se réveille dans la capitale terrestre du Cartel afin de rejoindre la résistance et participer au soulèvement humain. Il est accompagné de plusieurs personnages emblématiques comme Alyx Vance, Eli Vance, Barney Calhoun ou encore Wallace Breen. À partir de cette base narrative, Combined Roleplay a réussi à adapter tout le lore du jeu pour créer une expérience RP cohérente et immersive, en s’appuyant énormément sur les travaux et les idées développés auparavant par la communauté anglophone Half-Life RP.

Mon kidnapping par un administrateur

Maintenant que vous êtes à peu près à jour, je vais pouvoir vous raconter un peu les rouages du serveur… ainsi que mon tout premier jour sur Combined Roleplay.

Nous sommes alors en 2014 et Combined Roleplay a déjà bien évolué depuis ses débuts sous le mode de jeu Clockwork. La communauté a finalement migré vers le mode DarkRP avec une énorme quantité de scripts personnalisés permettant de reproduire, du mieux possible (la plupart du temps 😄), l’ambiance et les mécaniques du Clockwork. Pourquoi ce changement ? Déjà parce qu’à l’époque, DarkRP était un mode de jeu extrêmement populaire, très répandu, flexible et facilement configurable pour créer pratiquement n’importe quel type de serveur. Et surtout, pour attirer des joueurs venant de serveurs comme RealLife Roleplay ou d’autres communautés RP, c’était infiniment plus accessible que Clockwork.

À cette époque, le serveur disposait d’une cinquantaine de places et restait généralement bien rempli sans être constamment complet, ce qui était plutôt bon signe pour une communauté encore relativement jeune. Quand je suis arrivé sur le point d’apparition du serveur… le choc. J’avais littéralement l’impression d’être dans Half-Life 2. Bon, j’exagère probablement un peu avec le recul, mais la carte utilisée était tellement fidèle au jeu original qu’on avait réellement l’impression d’y être. Entre les bâtiments, l’ambiance sonore, les affiches de propagande et les décors industriels délabrés, tout respirait Half-Life 2. Bon… évidemment, l’interface de DarkRP et le chat textuel remettaient rapidement les pieds sur Terre. 🙂

Mes premières secondes sur le serveur ont été particulièrement chaotiques. Je marche frénétiquement vers la sortie du point d’apparition, j’entends des bruits étranges, des joueurs qui parlent, des annonces, des voix déformées… puis je finis par sortir et là : je me retrouve sur un toit. Pendant une bonne seconde, je n’ai absolument pas compris ce qu’il se passait avant d’entendre une voix divine, qui n’était en réalité qu’un simple administrateur. (Salut à toi, gros bg de Raven 😘)

Capture d'écran d'un maître de jeu (MJ) assis AFK dans une zone inaccessible (2015) Capture d’écran d’un maître de jeu (MJ) assis AFK dans une zone inaccessible (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Son rôle consistait à accueillir les nouveaux joueurs et leur expliquer comment survivre sur le serveur. Il distribuait les guides de démarrage, les règlements, les commandes importantes ainsi que tout un tas de documents qu’il était fortement conseillé de lire avant de commencer à jouer sérieusement. J’ai discuté avec lui pendant une bonne quinzaine de minutes, et honnêtement, il a été incroyablement patient et bienveillant. Il m’a expliqué les bases du serveur, les règles à respecter, les différentes factions, l’univers… et je me suis immédiatement senti à l’aise.

Même si à cette époque j’étais encore extrêmement immature et souvent assez débile (bon… je ne sais pas si ça a beaucoup changé aujourd’hui d’ailleurs 😎), j’ai quand même décidé de faire les choses correctement et de lire toute cette énorme pile de documentation. Et le lendemain, après avoir passé une bonne partie de ma soirée à tout découvrir, j’ai compris que j’avais probablement fait le bon choix en rejoignant ce serveur.

Mon premier jour à Cité 17

Je suis à nouveau sorti de la gare où j’étais arrivé pour la première fois et… wow. Ça grouillait de partout. J’ai aussi très vite compris que j’étais un moins que rien en voyant plusieurs citoyens se faire littéralement fracasser par des unités de la Protection Civile.

Vous allez me demander : qu’est-ce que la Protection Civile ? En gros, c’était la force de police intermédiaire entre les institutions du Cartel et les activités civiles. En réalité, ces unités étaient peu nombreuses comparées aux véritables soldats du Cartel, mais leur présence suffisait largement à maintenir la population sous pression. Leur rôle était surtout de faire peur, montrer les muscles, humilier quelques citoyens au hasard et rappeler constamment à tout le monde qui contrôlait réellement la ville.

J’ai aussi remarqué certains citoyens comme moi, mais beaucoup mieux habillés, mieux coiffés et surtout bien mieux traités par la Protection Civile. On les appelait les loyalistes. Comme dans toute société collaborationniste, ceux qui respectaient les règles du Cartel, dénonçaient les mauvais citoyens et se montraient suffisamment productifs obtenaient certains privilèges. Les loyalistes étaient mieux vus par les autorités, travaillaient moins, recevaient davantage de ressources et pouvaient parfois même influencer certaines décisions administratives. Bref, pendant qu’eux montaient lentement les échelons, moi, j’étais encore un simple citoyen complètement perdu dont le premier objectif consistait à rejoindre les bureaux de la Civil Workers Union (ou Syndicat des Travailleurs Civils).

Capture d'écran d'un loyaliste (moi) en repos au Café Baltic (2014) Capture d’écran d’un loyaliste (moi) en repos au Café Baltic (2014) (Crédit photo : Moi-même)

La C.W.U était une organisation totalement soumise au Cartel, chargée de distribuer les emplois, organiser les travaux forcés, gérer le commerce et fournir les besoins essentiels aux citoyens. Les employés qui travaillaient derrière les comptoirs étaient généralement d’anciens loyalistes ayant suffisamment « servi » pour gagner le droit de nous traiter comme des sous-merdes à longueur de journée. Et honnêtement, après s’être fait hurler dessus ou tabasser par la Protection Civile simplement parce qu’on avait osé courir, sauter ou faire un peu trop de bruit (oui oui, courir et sauter étaient littéralement interdits), on évitait habituellement de trop discuter.

Une fois arrivé dans les bureaux, il fallait évidemment faire la queue. Beaucoup de citoyens venaient chercher un travail, un logement ou simplement quelques informations. Dans cet univers, l’argent classique avait totalement disparu : bienvenue dans le merveilleux monde des tickets de rationnement. Les anciennes monnaies ne valaient plus rien et chaque travail effectué était payé sous forme de coupons échangeables contre de la nourriture, des vêtements, des médicaments ou d’autres produits de première nécessité auprès de la C.W.U.

Après une bonne quinzaine de minutes d’attente, j’arrive finalement au comptoir. Première question : « Votre C.I.D ? ». Le quoi ? OK, petite explication rapide. Pour le Cartel, les citoyens n’étaient que des numéros interchangeables. Afin de gérer toute la population dans une gigantesque base de données centralisée, chaque individu possédait un identifiant unique à cinq chiffres appelé C.I.D (Citizen Identification Number). Ce numéro permettait de savoir si vous étiez un bon citoyen, si vous aviez des antécédents judiciaires, des dettes, un bon rendement au travail… bref, toute votre existence se résumait à quelques lignes dans une base de données.

Capture d'écran d'un citoyen en train d'effectuer un travail C.W.U (2015) Capture d’écran d’un citoyen en train d’effectuer un travail C.W.U (2015) (Crédit photo : Moi-même)

N’ayant encore aucun dossier actif, j’ai choisi un numéro libre : 27412. Et voilà. Félicitations à moi-même : je venais officiellement de devenir un nouvel esclave au service du glorieux Cartel 🥳. On m’a rapidement attribué un logement spartiate ainsi que ma première mission : nettoyer les douches d’un immeuble où une exécution avait eu lieu la veille. Heureusement, dans son immense bonté, la Protection Civile avait déjà retiré le cadavre. (Vraiment adorables ces gens-là.)

Une fois le travail terminé, validé par un agent de la C.W.U puis confirmé par la Protection Civile, j’ai reçu ma toute première paie : deux tickets de rationnement. Tickets que j’ai immédiatement dépensés au Café Baltic, une chaîne de cafés où les citoyens étaient invités à écouter les discours de propagande du Dr. Wallace Breen pendant qu’ils buvaient un café rempli de médicaments et de drogues de synthèse destinés à affaiblir la population, altérer son jugement et empêcher toute reproduction humaine. Oui, parce que le Cartel avait également interdit la reproduction humaine. En plus de réduire les femmes à de simples objets, parfois sexuels, dans cette société dystopique, seules certaines élites humaines proches du pouvoir pouvaient encore avoir des enfants, généralement via insémination artificielle.

Après une après-midi entière passée à Cité 17, j’ai quitté le serveur… mais je n’ai pensé qu’à une seule chose toute la soirée : y retourner au plus vite pour continuer mon histoire, vivre de nouvelles scènes et découvrir ce monde complètement fou.

2014-2015, mon nouveau terrain de jeu

Mention spéciale à Lepont, Penji, Axel Blaze, Shawn Sanders, Asdaroth, Tourte, Dragnoyos, EnderHero (my bro 👊), Steelman, Vladylel, M.F, Red-Xero, Shawkh, Maxime Lemercier, pliplix, José, K.M, Nemit, Vilnus, piplix, Beuteurs, Nokturne, Raven, Nicolas Roy, Julie, Pathou, Rosebeef, Gordlix, Nok et MVN.

Les semaines ont passé, puis les mois… et voilà maintenant plus d’un an que je jouais sur ce serveur. J’y avais appris énormément de choses, je m’étais attaché à cette communauté, à son univers et surtout à plusieurs personnes formidables qui étaient devenues, avec le temps, de véritables amis en dehors du jeu. Tous les soirs, rejoindre le serveur TeamSpeak de la communauté était devenu une sorte de rituel. Un moment de détente après une longue journée, une manière de souffler, rigoler et simplement passer un bon moment avec des gens que j’appréciais énormément.

Capture d'écran d'un événement non-RP organisé par l'administration (2015) Capture d’écran d’un événement non-RP organisé par l’administration (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Mon personnage, Florian Dubois (quelle originalité !…), avait, lui aussi, énormément évolué depuis ses débuts. À l’origine, je voulais absolument rejoindre la Résistance. Mais j’ai rapidement compris que les factions extérieures à l’Union Universelle étaient extrêmement difficiles d’accès. Les nouveaux joueurs étaient soigneusement sélectionnés, soit après avoir été repérés par des résistants infiltrés, soit via des candidatures particulièrement exigeantes sur le forum de la communauté.

Voyant que ma chance n’était clairement pas au rendez-vous, j’ai finalement décidé de prendre une tout autre direction : montrer au Cartel que j’étais prêt à mourir pour lui 😶‍🌫️. J’ai travaillé comme un acharné pendant des semaines afin de devenir loyaliste, réussir les différents tests de loyauté et finalement intégrer la Civil Workers Union. Là-bas, j’ai commencé à obtenir davantage de responsabilités et surtout à découvrir une autre facette du serveur, avec des joueurs extrêmement investis dans leur faction, très sympathiques et finalement assez différents des joueurs qu’on retrouvait du côté de la Résistance.

2015, la consécration dans la Civil Workers Union

Dans la Civil Workers Union, il n’y avait pas que la distribution de travail aux citoyens via le D.C.P (Département du Confort et de la Propreté). Comme je l’ai expliqué plus tôt, il existait aussi le D.S.M (Département des Services Médicaux), chargé des soins en clinique, ainsi que le D.C.L (Département du Commerce et du Logement), qui gérait les commerces et la distribution des denrées aux citoyens lorsque la Protection Civile préférait faire du zèle dans les rues plutôt que préparer les distributions de rations pour le plus grand bonheur des citoyens affamés et assoiffés. 🤤

Capture d'écran d'une file d'attente pour la distribution de rations (2019) Capture d’écran d’une file d’attente pour la distribution de rations (2019) (Crédit photo : Moi-même)

J’ai donc commencé tout en bas de l’échelle avec le grade de « Débutant », avant de progressivement devenir « Intermédiaire », puis « Confirmé ». En parallèle, grâce au V.I.P permanent que j’avais payé 10 euros (merci Papa ❣️), je pouvais également jouer des rôles spéciaux comme les nécrotiques (en gros, des zombies) ou d’autres créatures extraterrestres chargées de traquer les citoyens isolés dans les zones hors frontières non contrôlées par le Cartel, ou encore de participer à des raids contre les bases de la Résistance.

Après plus d’un an sur le serveur, je suis finalement devenu superviseur de la C.W.U, à une période où la faction n’était pas vraiment dans sa meilleure forme. Les dirigeants avaient de plus en plus de mal à répondre aux attentes de l’administration, notamment pour former correctement les nouveaux loyalistes et les futurs membres de la C.W.U. Et il faut dire qu’en un an, la population du serveur avait littéralement explosé. Le serveur était passé à 70 joueurs simultanés et, chaque soir, il affichait complet avec une file d’attente parfois énorme pour réussir à se connecter. C’était un peu comme RealLife Roleplay… mais en encore plus intense. La ville n’était pourtant pas si grande, mais on sentait constamment une énergie incroyable dans chaque rue, chaque immeuble, chaque interaction.

Capture d'écran de plusieurs C.W.U par grade de couleurs avant une formation (2015) Capture d’écran de plusieurs C.W.U par grade de couleurs avant une formation (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Un second serveur avait même brièvement été ouvert pour absorber le surplus de joueurs avant d’être fermé plus tard pour des raisons d’organisation. Et honnêtement, quand on y repense, c’était presque du masochisme 🤣. Il y avait souvent une quarantaine de citoyens connectés uniquement pour faire du RP entre eux, se faire humilier par la Protection Civile ou exploiter par la C.W.U… le tout sans pouvoir courir, sauter, chanter ou même se regrouper trop longtemps quelque part sans risquer des sanctions. Aujourd’hui encore, je ne sais pas comment on faisait pour ne pas complètement vriller au bout de trois jours. Mais je suppose qu’on était tous beaucoup trop attachés au serveur pour prendre le risque de se faire bannir, même temporairement.

Bon… en réalité, cette explosion du nombre de joueurs venait aussi de l’arrivée de plusieurs YouTubers francophones assez connus sur le serveur, comme Liberto, Aiekillu ou Le Bledard, qui avait réalisé quelques vidéos dessus. Alors, je n’ai absolument rien contre eux, mais même si certains se présentaient comme des rôlistes, ça ne se ressentait pas vraiment. La plupart, à cause de leur notoriété et du type de contenu qu’ils produisaient, avaient énormément de mal à comprendre l’univers, le RP sérieux, les règles ou même les guides pourtant extrêmement détaillés du serveur.

Résultat : l’équipe administrative devait pratiquement leur tenir la main pour leur permettre de réaliser des scènes RP correctes, aussi bien côté cité que côté Résistance. Et forcément… faire des fusillades dans la Résistance avec des grosses armes automatiques contre la Protection Civile, ça faisait beaucoup plus « sw4g » 🤠 que jouer un loyaliste faux-cul ou un citoyen exploité qui se fait contrôler toutes les quinze minutes.

Capture d'écran de l'unité P.C « Anti-Troll » en faction à un point de contrôle (2015) Capture d’écran de l’unité P.C « Anti-Troll » en faction à un point de contrôle (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Malgré tout, leur passage a eu un énorme impact positif sur le serveur. Beaucoup de nouveaux joueurs sont arrivés grâce à leurs vidéos et certains sont restés durablement dans la communauté. Bon… ça a aussi attiré son lot de personnes toxiques, jalouses ou malveillantes qui ont fini bannies assez rapidement. Quant aux YouTubers eux-mêmes, la plupart ont déserté le serveur après deux ou trois vidéos, simplement parce que ce type de jeu de rôle n’était pas fait pour eux. L’univers était trop exigeant, trop codifié et demandait un investissement personnel énorme que peu de créateurs de contenu avaient réellement envie de fournir.

L’intégration dans l’équipe administrative

Après avoir brillé, sans aucune modestie, dans la Civil Workers Union, je me sentais tellement bien à ma place qu’un soir, juste avant de me déconnecter du serveur, j’ai finalement décidé de déposer une candidature sur le forum pour rejoindre l’équipe administrative. Encouragé par plusieurs habitués et joueurs fidèles du serveur, beaucoup attendaient mon arrivée dans l’administration pour apporter quelque chose de nouveau dans la gestion du serveur. Et même si tout n’était pas forcément gagné d’avance (notamment à cause de mon âge, puisque j’avais à peine 14 ou 15 ans), j’avais déjà pas mal d’arguments pour moi : mon ancienne expérience de modération sur la MGC, ma bonne connaissance du jeu de rôle et de l’univers de Half-Life 2, ma motivation à faire vivre le serveur et à faire plaisir à la communauté, ainsi que mon envie d’apprendre et de progresser dans ce rôle. Finalement, en mars 2015… j’ai été accepté dans l’équipe administrative. 🎀

Capture d'écran d'une session d'administration en maître de jeu (2015) Capture d’écran d’une session d’administration en maître de jeu (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Depuis déjà plusieurs semaines, j’étais assez proche de l’administration et surtout du fondateur Discretoss, qui ne ressemblait absolument pas aux fondateurs que j’avais connus auparavant. Il était présent, actif, à l’écoute des joueurs comme de ses administrateurs et surtout prêt à mettre les mains dans le cambouis pour faire avancer les choses quand il le fallait. Pendant les réunions communautaires organisées tous les dimanches après-midi, je voyais quelqu’un de profondément investi, qui sacrifiait énormément de son temps et de son énergie pour faire vivre sa communauté. Honnêtement, c’était quelqu’un en qui j’avais confiance.

Autour de lui, les autres administrateurs le respectaient énormément malgré ses défauts. Ils étaient toujours motivés pour animer le serveur, proposer de nouvelles idées et éviter que la communauté tombe dans l’immobilisme. Et puis il faisait aussi « l’effort » de jouer officier de la Protection Civile (soit le plus haut grade de la faction) pendant les grosses émeutes afin d’aller matraquer les citoyens lui-même. (Quel héros ❤️‍🩹) L’année scolaire 2014-2015 touchait doucement à sa fin et, honnêtement, je crois que j’ai prié des divinités auxquelles je ne croyais même pas pour que le bonheur que je trouvais sur ce serveur ne s’arrête jamais.

Capture d'écran d'une scène RP entre Discretoss et K.M (2015) Capture d’écran d’une scène RP entre Discretoss et K.M (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Bon… évidemment, tout n’était pas aussi parfait que je le raconte. Déjà parce que je suis finalement parti de l’équipe administrative à la fin du mois d’août de cette même année. Mais contrairement à la MGC, ce départ n’avait absolument rien à voir avec des problèmes internes ou des conflits. La rentrée 2015 allait être une année extrêmement importante pour mon orientation scolaire et je voulais éviter d’avoir des responsabilités trop lourdes qui risqueraient d’impacter mes études. C’est donc pour cette raison que j’ai quitté l’équipe administrative, avec les honneurs, quelques jours avant le 1er septembre, tout en continuant assurément à jouer sur le serveur et au sein de ma faction… simplement avec un peu moins d’implication qu’avant.

L’après C.W.U et un nouveau départ dans la Protection Civile

Libéré de mes contraintes administratives, j’ai enfin pu me recentrer un peu plus sur moi-même et surtout donner une nouvelle direction à mon personnage. Je voulais découvrir d’autres factions que j’avais jusque-là un peu négligées sur le serveur, notamment la Protection Civile et la Résistance.

Grâce à mon expérience et à ma connaissance du serveur, j’ai rapidement réussi à intégrer une promotion de la Protection Civile. Ayant déjà obtenu le grade préliminaire 05, j’ai directement pu accéder au premier vrai grade opérationnel : le 04. Les grades de terrain allaient alors de 05 à 01. En gros, le 05 représentait l’unité fraîchement recrutée, encore un peu naïve, mais déjà prête à mettre la misère aux citoyens (avec beaucoup de douceur évidemment 🙃), tandis que le 01 représentait une véritable machine de guerre : expérimentée, formée aux fusillades, aux opérations de maintien de l’ordre et au commandement sur le terrain.

Capture d'écran d'un 01 (Tourte) menant une intervention armée avec des 04 (2015) Capture d’écran d’un 01 (Tourte) menant une intervention armée avec des 04 (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Comme vous pouvez l’imaginer, progresser dans la Protection Civile était bien plus compliqué que dans la Civil Workers Union. Il fallait constamment faire ses preuves : participer à des opérations organisées par les chefs de faction ou l’administration, suivre des formations, réussir différents tests pratiques et survivre à des évaluations parfois particulièrement exigeantes. À la fin de l’année, après plusieurs semaines de jeu intensif et un test de loyauté supervisé par une unité 01, j’ai finalement obtenu mon grade de 03. Mais honnêtement, ce n’était encore qu’une minuscule étape dans mon objectif ultime : devenir un jour Officier de la Protection Civile.

Quant à la Résistance… ah, la Résistance 😌. À cette époque, y entrer relevait presque du parcours du combattant. Il fallait avoir les bonnes relations, jouer correctement son rôle et surtout être suffisamment apprécié par les recruteurs infiltrés dans la cité pour espérer être discrètement exfiltré vers les zones reculées contrôlées par les rebelles. Et forcément, ma réputation de gros « pro-Union » n’a absolument pas aidé. Malgré tout, après énormément d’efforts, j’ai fini par devenir… « Réfugié ». Et évidemment, vous vous doutez bien que Shawn Sanders avait été recruté exactement au même moment que moi, comme par hasard !

Capture d'écran de ma rencontre avec Shawn Sanders en tant que réfugié (2015) Capture d’écran de ma rencontre avec Shawn Sanders en tant que réfugié (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Un Réfugié, c’était en quelque sorte un citoyen ayant fui la cité pour rejoindre les zones interdites situées en périphérie, loin des secteurs contrôlés par l’Union Universelle. Les réfugiés vivaient alors aux côtés de la Résistance et apprenaient à survivre par eux-mêmes : trouver de quoi manger, se cacher, fabriquer du matériel et surtout survivre à tout ce qui rendait l’extérieur extrêmement dangereux. Créatures extraterrestres, unités de patrouille, maladies, bandits, autres réfugiés… bref, absolument tout ce que les cités maintenues par l’Union empêchaient encore d’envahir totalement le quotidien des humains. Et une fois qu’un réfugié avait prouvé sa valeur, sa loyauté et son expérience, il pouvait finalement devenir Résistant à part entière afin de participer à des opérations beaucoup plus offensives : sabotages, attaques de convois, infiltrations ou encore attaques contre les installations du Cartel.

2016, une nouvelle génération de joueurs pour une nouvelle année

Mention spéciale à Rammus, Brice, LeviZ, Sam, Julien White, Jules, Corentin, N.O.S, Bobby Tyler, KayZ, Benoit Liève, Cœur Lee, Koff, DiiAVeL, Frodogorn, SugarElement, TheEdge, Mattmim, Warwess, Deadnoise, Herwood, Le Phoque, Leito, Tibers, Boscalo, Daegon, Canvenante, Dracvar, CreeP, Sahku, Solène et.. Taka (ma bestie encore aujourd’hui 💖).

En 2016, la communauté a continué de grandir… et moi aussi, d’une certaine manière. J’ai rencontré de nouvelles personnes formidables avec qui j’ai partagé des moments incroyables : des fous rires interminables, des discussions passionnantes, des débats animés et tout un tas de souvenirs qui ont largement contribué à la magie du serveur. Honnêtement, Combined Roleplay n’était plus seulement un endroit où je venais jouer ; c’était devenu un véritable lieu de vie où je passais une énorme partie de mon temps libre (peut-être trop d’ailleurs 😅).

Capture d'écran de deux résistants : mon frère et Lepont (2015) Capture d’écran de deux résistants : mon frère et Lepont (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Et justement, en parlant du serveur, l’année 2016 a aussi marqué une période assez particulière pour le HL2RP. Le serveur a été fermé pendant plusieurs semaines afin de réaliser une énorme mise à niveau technique : ajout de nouveaux scripts, nouveaux addons, optimisation générale et surtout un énorme ménage dans le code existant. Sur le moment, ça a évidemment frustré beaucoup de joueurs, mais avec le recul, cette pause a fait énormément de bien. Ça cassait un peu la routine et permettait de repartir sur des bases plus propres. Et surtout… cette période m’a donné une idée dangereuse.

À force de voir comment fonctionnait le serveur, comment étaient développés les systèmes et comment l’administration gérait la communauté, j’ai commencé à avoir envie de créer mon propre serveur. J’ai nommé : Dracvar RP !

La parenthèse Dracvar RP

Vous allez forcément me poser la question : c’est quoi ce nom franchement, t’es devenu fou ?

Eh bien, Dracvar, ce n’était pas un nom inventé au hasard. C’était une personne bien réelle de la communauté, devenue une véritable légende sur le serveur. Pourquoi ? Parce que ce joueur avait débarqué quasiment du jour au lendemain avec une quantité d’argent apparemment illimitée et avait proposé à Discretoss une somme assez conséquente pour obtenir des grades extrêmement élevés dans plusieurs factions du serveur. Et contre toute attente… ça a fonctionné. En l’espace de quelques heures, Dracvar avait obtenu ce que certains joueurs mettaient parfois deux ou trois ans à atteindre dans des factions comme la Civil Workers Union ou la Protection Civile. Il était devenu unité 01, le plus haut grade opérationnel de la Protection Civile, ainsi qu’administrateur de cité. J’ai appris plus tard qu’il aurait « donné » plus de 1000 euros à la communauté pour obtenir tout ça.

Alors évidemment… est-ce que c’était un bon joueur ? Absolument pas 🤣. Le pauvre essayait sincèrement de comprendre le serveur et faisait parfois des efforts, mais dès qu’il se connectait, on savait pratiquement avec certitude qu’un énorme bordel allait finir par éclater et se terminer dans une réunion communautaire en mode drama sur TeamSpeak le soir même. Mais bon… quand on a de l’argent à dépenser, on peut apparemment faire un peu ce qu’on veut. 🤑

Capture d'écran de plusieurs agents de la Brigade Anti-Criminalité (B.A.C) (2016) Capture d’écran de plusieurs agents de la Brigade Anti-Criminalité (B.A.C) (2016) (Crédit photo : Moi-même)

Bref, voilà qui était Dracvar. Et croyez-moi, malheureusement… on reparlera de lui un peu plus tard. Quant au serveur Dracvar RP, il était finalement assez fidèle à son nom : totalement excessif, rempli de règles absurdes, de métiers parfois très limites pour la tranche d’âge habituelle des joueurs de Garry’s Mod, mais avec un objectif très simple : s’amuser sans trop réfléchir. Pendant quelques semaines, j’ai donc hébergé sur mon propre ordinateur ce serveur qui a réussi à réunir jusqu’à une vingtaine de joueurs, principalement des habitués de Combined Roleplay venus passer du bon temps ensemble avant la réouverture du HL2RP officiel.

Cœur Lee et la conscription, une question de génération

À la réouverture du serveur, tout le monde a repris ses habitudes. De nouveaux administrateurs ont récupéré des responsabilités, de nouveaux joueurs sont arrivés, d’autres sont partis, mais malgré tout, la communauté continuait de grandir et de s’épanouir. La nouvelle carte ainsi que l’arrivée de nombreux nouveaux visages ont cependant commencé à créer les premiers vrais conflits générationnels entre les anciens joueurs (ceux qui avaient connu les débuts du serveur) et les nouveaux, souvent arrivés grâce aux YouTubers ou après la fermeture temporaire du HL2RP. Ces tensions ont notamment été amplifiées par l’arrivée de Dracvar, devenu malgré lui une sorte de symbole de cette « nouvelle génération » de joueurs : moins investie dans l’univers, moins attachée aux règles et parfois prête à tout pour obtenir ce qu’elle voulait. Mais honnêtement, le véritable point de rupture est surtout arrivé avec la nomination de Cœur Lee à la tête de l’équipe administrative.

Alors, qui était Cœur Lee ? Arrivé courant 2015, principalement connu pour son rôle dans la Protection Civile puis dans la Résistance, il était surtout un ami IRL de Discretoss. Après la réouverture du serveur, l’administration avait subi plusieurs départs importants et Discretoss lui a donc confié, tard un soir dans un bar de Paris (histoire vraie), la mission de reconstruire une équipe solide. Mais très rapidement, ses décisions ont commencé à provoquer des tensions avec les administrateurs vétérans, notamment à cause des nouvelles orientations qu’il voulait donner au serveur et surtout avec l’arrivée d’une nouvelle faction : les Conscripts.

Capture d'écran de Dracvar en officier de la P.C avec un lance-roquettes... (2015) Capture d’écran de Dracvar en officier de la P.C avec un lance-roquettes… (2015) (Crédit photo : Moi-même)

OK… je vous ai un peu menti plus tôt 🤫. Dans le lore anglophone Half-Life RP existait déjà un système de conscription. En gros, il s’agissait d’anciens loyalistes recrutés par l’Union Universelle afin d’assurer la sécurité quotidienne dans les rues en complément de la Protection Civile. Sur Combined Roleplay, les Conscripts étaient présentés comme une force de sécurité beaucoup plus propagandiste : pas de masque, peu d’armement (souvent juste une matraque ou un petit pistolet) et surtout une image beaucoup plus proche des citoyens. L’idée était simple : laisser la Protection Civile se concentrer sur les opérations extérieures contre les réfugiés et la Résistance pendant que les Conscripts géraient la cité. Le problème, c’est que cette faction a été introduite de manière extrêmement brutale et désorganisée. Très peu de communication, aucune vraie transition et pratiquement aucune adaptation des anciennes factions. Résultat : des conflits permanents entre la Protection Civile et les Conscripts, des problèmes de responsabilités, des tensions d’ego et surtout des groupes de joueurs qui ont commencé à se former contre cette nouvelle direction du serveur.

De mon côté, mon frère et moi faisions partie de ceux qui pensaient que les idées de Cœur Lee étaient pleines de bonnes intentions… mais mises en place n’importe comment. Très vite, on nous a collé l’étiquette des « réfractaires au changement », incapables de voir les aspects positifs de cette nouvelle faction, tandis que des joueurs plus récents et plus enthousiastes y voyaient quelque chose de rafraîchissant. Et avec le recul… je comprends aujourd’hui pourquoi certains étaient emballés. Le vrai problème n’était pas la faction en elle-même. Le problème, c’était surtout la manière dont on avait dit aux joueurs de la Protection Civile : « Ah, ce que vous faisiez depuis des années ? Bon bah maintenant ça ne fonctionne plus comme ça. Débrouillez-vous ». Et forcément, difficile de vraiment contester quand la personne derrière ce changement était le chef de l’équipe administrative lui-même, pendant que Discretoss devenait de moins en moins présent pour calmer les tensions ou remettre un peu d’ordre dans tout ça.

Capture d'écran de Cœur Lee en session d'administration (2016) Capture d’écran de Cœur Lee en session d’administration (2016) (Crédit photo : Moi-même)

Avec le temps, les Conscripts ont fini par être acceptés, mais les tensions ont continué à monter un peu partout. La Résistance et les Réfugiés supportaient très mal l’arrivée d’une nouvelle faction pro-Union dans les rues, la Protection Civile était progressivement devenue persona non grata en cité et se retrouvait désormais cantonnée aux patrouilles dans les zones interdites parfois vides, ce qui déplaisait énormément aux anciens joueurs qui voulaient surtout continuer à terroriser tranquillement les citoyens. Quant à la Civil Workers Union… honnêtement, c’était probablement la seule faction qui s’en fichait complètement et qui s’est adaptée sans trop de problèmes.

Le lancement du serveur Métro 2033

Au vu des événements, le serveur HL2RP a finalement été fermé pendant plusieurs semaines afin de remettre un peu d’ordre dans tout ça. Cette pause a aussi ouvert la voie à la création d’un second serveur en parallèle. En effet, durant que le HL2RP prenait doucement l’eau, un ancien joueur de la Protection Civile a obtenu l’accord de Discretoss pour créer un nouveau serveur CRP basé sur l’univers de Metro 2033, et j’ai été mis à contribution pour participer au développement du projet. Si vous n’êtes pas du tout familier avec cet univers, pourtant beaucoup plus récent et connu que Half-Life 2, je vous laisse regarder la vidéo ci-dessous pour vous faire une idée :

Pour éviter de passer encore une heure sur cet article, je vais faire très court. L’univers de Metro se déroule en Russie, en 2013, au moment où une guerre nucléaire mondiale ravage complètement la planète. Les survivants se réfugient alors dans le métro de Moscou afin de survivre à l’hiver nucléaire, aux créatures mutantes et surtout… aux humains eux-mêmes. Les trois jeux principaux de la saga se déroulent dans cet environnement post-apocalyptique extrêmement oppressant où différentes factions politiques, militaires ou religieuses se disputent les tunnels du métro moscovite.

Et forcément, avec un lore pareil, l’idée d’ouvrir un serveur RP dans cet univers était extrêmement séduisante. Même si le développement du serveur Metro 2033 allait encore prendre plusieurs semaines, il fallait bien occuper les joueurs pendant ce temps-là. Vous vous souvenez de Dracvar RP ? Eh bien… il est revenu ! Cette fois-ci, nous l’avons renommé Aeternia RP pour faire un peu plus classe, même si l’objectif du serveur restait exactement le même : permettre aux joueurs les plus anarchiques de se défouler en attendant la réouverture des vrais serveurs. Et contre toute attente, Aethernia RP a plutôt bien fonctionné pendant plusieurs semaines. 💎

Puis est finalement arrivé le lancement du serveur Metro 2033 RP… et honnêtement, le succès a été immédiat. En l’absence du HL2RP, quasiment toute la communauté s’est concentrée dessus et, avec l’arrivée une nouvelle fois de plusieurs YouTubers, le serveur a connu une croissance assez folle. Il faut dire que le thème était extrêmement original, immersif et surtout très bien réalisé pour l’époque, ce qui a permis à énormément de joueurs de s’investir rapidement dans cet univers post-apocalyptique.

Capture d'écran de plusieurs soldats de la Ligne Rouge se rendant au front (2017) Capture d’écran de plusieurs soldats de la Ligne Rouge se rendant au front (2017) (Crédit photo : Moi-même)

Le serveur a également attiré énormément de nouveaux joueurs qui ont ensuite rejoint durablement la communauté. Mais en parallèle, la réouverture progressive du HL2RP commençait déjà à montrer les premiers signes de division au sein de CRP : d’un côté, les anciens attachés à l’univers Half-Life 2 ; de l’autre, ceux qui préféraient désormais rester sur Metro 2033. Mais honnêtement… à ce moment-là, je ne me doutais absolument pas que j’étais en train de vivre la dernière année « normale » de la communauté.

2017-2019, le crépuscule de la communauté

Mention spéciale à Mira, Spooky, Tokiie, Warwess, HappyGeek, TenZoo, Magik, Burning, BeastTar, Grizzly, Artyom, D.K, Ray, Zany, Zekin, Smokky, Herwood, et Nock.

2017, la multiplication des serveurs

Vous sentez la fin arriver ? Malheureusement… vous avez raison. 😞

Le serveur Metro 2033 RP a brillé pendant de nombreux mois en parallèle d’un HL2RP qui, lui, avait beaucoup plus de mal à retrouver son éclat d’origine. Il faut dire que les fermetures successives, les changements de direction, l’ouverture du serveur Metro, les départs de nombreux vétérans, les tensions internes et les conflits avaient laissé des traces profondes dans la communauté. Et honnêtement, même avec toute la bonne volonté du monde, certaines choses étaient devenues impossibles à réparer.

Avec les semaines, l’afflux de joueurs venu grâce à YouTube a progressivement disparu et le serveur Metro 2033 s’est lentement vidé avant de finalement fermer au printemps 2017. Le HL2RP a alors repris un peu de souffle… pour le meilleur comme pour le pire. Discretoss avait commencé à moderniser le serveur en remplaçant plusieurs scripts historiques par des systèmes plus récents afin de donner une image plus moderne, plus dynamique et plus accessible pour les nouveaux joueurs. Dans le même temps, juste avant l’été, Discretoss a compris que CRP ne pourrait probablement plus survivre uniquement grâce au HL2RP. Il a donc commencé à diversifier énormément les projets de la communauté : un serveur basé sur l’univers de The Last of Us, un nouveau serveur Metro 2033 avec un autre gérant, un serveur Clone Wars, puis un Médiéval RP. Et sur pratiquement tous ces projets… j’étais impliqué dans la maintenance ou le développement.

Capture d'écran de l'événement RP d'ouverture du serveur The Last of Us RP (2017) Capture d’écran de l’événement RP d’ouverture du serveur The Last of Us RP (2017) (Crédit photo : Moi-même)

Honnêtement, c’était une période extrêmement intense pour moi. J’étais énormément investi dans la communauté, j’avais envie de faire vivre tous ces univers, de faire plaisir aux joueurs et surtout de continuer à partager de bons moments avec eux. Mais avec le recul, je me rends aussi compte que je passais désormais beaucoup plus de temps à coder qu’à réellement jouer. Petit à petit, j’ai commencé à perdre de vue énormément de personnes. Certains sont partis vers d’autres communautés, d’autres ont complètement arrêté Garry’s Mod et beaucoup ont simplement grandi, trouvé un travail ou commencé une nouvelle vie loin des serveurs RP. Pendant ce temps-là, une nouvelle génération de joueurs arrivait et me considérait déjà comme un « ancien » ou un « vétéran » du serveur.

Et honnêtement… ça me faisait bizarre. 😵‍💫

Parce qu’en réalité, je n’avais même pas encore cinq ans d’ancienneté sur CRP. Mais toutes les personnes que j’avais connues à mes débuts en 2014 avaient pratiquement disparu. Alors forcément, ce statut de vétéran me mettait un peu mal à l’aise. Mais au fond, je suppose que je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre à part essayer de représenter du mieux possible cette communauté qui m’avait énormément apporté et qui, d’une certaine manière, m’avait aussi aidé à grandir.

2017-2018, le début des grandes réformes

Durant la fin de l’été et la rentrée scolaire 2017, les choses ont commencé à sérieusement se compliquer pour Combined Roleplay. Le serveur The Last of Us RP a fermé à cause d’un cruel manque de joueurs, la relance du serveur Metro 2033 avait été extrêmement éphémère pour exactement les mêmes raisons et le HL2RP n’était plus que l’ombre de lui-même malgré tous les efforts de l’équipe administrative (Discretoss compris) pour maintenir le serveur en vie. Puis est arrivé le soir du 31 août 2017. Ce soir-là, Discretoss a annoncé la fermeture de tous les serveurs RP pour une durée indéterminée. Pour beaucoup de joueurs, c’était le signe évident que la communauté allait mal. Mais dans l’esprit de Discretoss, l’idée était différente : il voulait totalement repenser le HL2RP, proposer une nouvelle vision de l’univers avec des factions différentes, de nouvelles mécaniques de jeu et une approche beaucoup plus moderne du jeu de rôle. Il avait appelé ça : « les grandes réformes ».

Capture d'écran d'une exécution sommaire par l'officier de la Protection Civile (2017) Capture d’écran d’une exécution sommaire par l’officier de la Protection Civile (2017) (Crédit photo : Moi-même)

Honnêtement, au moment de la fermeture du HL2RP, j’ai traversé une période particulièrement compliquée. Avec le recul, je pense sincèrement avoir connu une forme de dépression ou au minimum une grosse période de morosité, aggravée par l’annonce qu’un de mes proches venait de développer une saleté de maladie. En octobre 2017, j’ai donc fini par démissionner et prendre mes distances avec les réformes de CRP. Pendant toute la fermeture, la communauté a malgré tout continué à survivre grâce à différents serveurs plus orientés divertissement afin d’attirer de nouveaux joueurs. Une nouvelle version du Médiéval RP avait même ouvert de manière indépendante avec d’anciens joueurs de CRP, mais sans grand succès. Puis, en décembre de cette même année, une première phase de démonstration des « grandes réformes » du HL2RP a finalement été présentée à la communauté.

Et là… énormément de choses avaient changé. Exit la conscription et les grades 05 à 01 : bienvenue aux grades A, B, C et D. La Civil Workers Union avait été profondément remaniée, les Réfugiés et la Résistance avaient fusionné et l’administration ainsi que les forces transhumaines étaient désormais reléguées à un rôle presque exclusivement événementiel. Tout le serveur avait été réorganisé pour faire de la cité le cœur principal du RP, au détriment des zones interdites qui représentaient auparavant une énorme partie de l’expérience de jeu.

Capture d'écran d'une scène de théâtre improvisée pour une représentation (2017) Capture d’écran d’une scène de théâtre improvisée pour une représentation (2017) (Crédit photo : Moi-même)

Mais surtout, plusieurs factions ont été complètement réinitialisées à zéro. Des années entières de progression RP avaient disparu du jour au lendemain pour repartir sur des bases entièrement nouvelles. Et forcément… ça a provoqué une énorme colère chez beaucoup d’anciens joueurs. En parallèle, le serveur avait adopté de nouveaux scripts censés rendre les joueurs plus autonomes et faciliter l’apprentissage du jeu de rôle pour les nouveaux arrivants sans dépendre constamment des administrateurs. Sur le papier, les intentions étaient sincèrement bonnes. Le problème, c’est que toutes ces réformes arrivaient à un moment où la communauté était déjà extrêmement fragilisée : base de joueurs vieillissante, conflits générationnels, perte progressive d’identité… et notamment une énorme difficulté, à savoir ce que CRP voulait réellement devenir.

2018, à la recherche d’une nouvelle identité

En 2018, Combined Roleplay a continué à vivre au rythme des réformes. Pour faire patienter les joueurs, un serveur DarkRP inspiré de Dracvar RP a été rouvert suite à ma proposition sous le nom de Florian DarkRP. L’objectif était simple : proposer un DarkRP sérieux et réaliste en reprenant plusieurs systèmes et mécaniques de RealLife Roleplay. À cette période, j’ai également été nommé « Super-Administrateur Communautaire ». En gros, grâce à mon ancienneté, Discretoss avait estimé que j’avais désormais accès à la « Lamborghini » de la communauté : la possibilité d’intervenir partout, à tout moment, sur tous les serveurs afin d’aider, conseiller, administrer ou développer de nouvelles idées. Avec le recul, je pense sincèrement que c’était une excellente décision de déléguer une partie de ses responsabilités à des personnes de confiance. Par la suite, trois autres vétérans ont rejoint ce rôle : Penji, Koff et HappyGeek, tous avec plusieurs années d’expérience sur la communauté. Malheureusement, cette décision est arrivée beaucoup trop tard pour réellement sauver CRP.

En avril de la même année, le HL2RP a finalement rouvert dans une version semi-définitive après l’achèvement des essais des grandes réformes. Les réformes prévues pour le serveur Metro 2033 ont quant à elles été abandonnées après l’échec d’une dynamique similaire à celle du HL2RP, tandis que le serveur The Last of Us RP a rouvert quelque temps plus tard avec un nouveau gérant. Pendant plusieurs mois, le HL2RP a réussi à se stabiliser avec une base de joueurs relativement constante… mais très loin de ce qu’elle avait été avant les réformes. Puis, à la rentrée 2018, Discretoss, par manque de temps et surtout d’envie, a progressivement abandonné la gestion quotidienne du serveur pour laisser Koff et Penji prendre la tête du HL2RP.

Capture d'écran d'un goûter entre l'administrateur de cité et des citoyens (2018) Capture d’écran d’un goûter entre l’administrateur de cité et des citoyens (2018) (Crédit photo : Moi-même)

Durant cette période, je n’étais plus vraiment actif en jeu. J’avais perdu de vue une partie de la communauté, je restais assez amer vis-à-vis des réformes et de la nouvelle direction du serveur et, entre-temps, j’avais perdu tous mes grades dans la Protection Civile et la Civil Workers Union. Bref, je me suis surtout concentré sur la partie développement afin d’améliorer techniquement les différents serveurs.

Mais malgré tous ces efforts, les échecs ont continué à s’enchaîner. Une nouvelle tentative de relancer le serveur Metro 2033 s’est soldée par un nouvel échec, tout comme le serveur TLOU. Et honnêtement, la fin de l’année 2018 avait une ambiance très particulière… presque une ambiance de fin de règne. Les anciens joueurs, ceux qui avaient connu les débuts du serveur, les différentes époques de la communauté, les succès, les dramas, les moments de gloire comme les périodes plus compliquées, étaient encore là… mais plus vraiment avec la même énergie. Beaucoup étaient devenus nostalgiques. On passait davantage de temps à parler du passé qu’à construire l’avenir. Et au fond, je crois qu’on sentait tous plus ou moins la même chose : CRP ne passerait probablement pas les années 2020.

2019, dernier souffle

Au début de cette année-là, il n’y avait tout simplement plus aucun serveur RP ouvert. Le HL2RP poursuivait lentement sa réforme pendant que, de mon côté, je continuais tant bien que mal à m’occuper du développement. Dans le même temps, Discretoss, complètement blasé par la situation, avait ouvert un nouveau serveur DarkRP nommé Combined City, dernière évolution de Dracvar RP et Florian DarkRP. Mais honnêtement… on sentait tous qu’il y avait quelque chose qui ne tournait plus rond. Le TeamSpeak était vide, les seuls encore présents étaient quelques administrateurs obligés de rester pour les réformes, des vétérans ou des habitués incapables de décrocher. La communauté semblait littéralement morte. Et pour moi, ça devait changer.

Capture d'écran d'une mongolfière improvisée par Zélie (Taka) au centre-ville du serveur (2019) Capture d’écran d’une mongolfière improvisée par Zélie (Taka) au centre-ville du serveur (2019) (Crédit photo : Moi-même)

J’ai donc monté un véritable contre-projet avec une partie des anciens du HL2RP. Sur un serveur Discord distinct, j’ai regroupé une trentaine d’anciens joueurs et administrateurs afin de préparer un retour aux sources : un serveur HL2RP débarrassé des réformes qui avaient divisé la communauté, avec une équipe composée de vétérans, d’anciens administrateurs et surtout une vision beaucoup plus proche de ce que les joueurs attendaient réellement. L’objectif était simple : revenir à quelque chose de plus accessible, plus immersif et surtout plus fidèle à l’univers de Half-Life 2 et à l’âge d’or de CRP entre 2014 et 2016.

Après plusieurs semaines de complot plus ou moins discret, une réunion communautaire a finalement eu lieu et, honnêtement, je pense que Discretoss n’avait plus vraiment l’énergie de se battre contre ça. Il nous a laissé carte blanche. Fin des réformes, retour à l’ancienne version du HL2RP, communication massive sur tous les supports possibles : Discord, forum, groupe Steam et TeamSpeak. Le 10 juillet 2019, le serveur ouvrait officiellement avec les anciens systèmes restaurés, tout en conservant plusieurs améliorations techniques développées pendant les grandes réformes. Et là… le succès a été immédiat. Je me souviens encore de cette montée d’adrénaline en voyant le serveur plein à craquer, les anciens revenir les uns après les autres, retrouver des visages familiers que je n’avais plus vus depuis des mois, parfois des années. L’espace d’un instant, nous avions réellement l’impression que CRP était de retour.

Capture d'écran d'une émeute citoyenne menée par des rebelles (2019) Capture d’écran d’une émeute citoyenne menée par des rebelles (2019) (Crédit photo : Moi-même)

Mais malheureusement… ça n’a pas duré. 😕

Parce qu’au fond, ce n’était pas suffisant de jouer sur la nostalgie. Rouvrir un serveur « comme en 2016 » ne faisait pas disparaître les problèmes de l’époque. Certains avaient été corrigés, d’autres atténués, mais le serveur souffrait toujours d’un énorme manque de dynamisme en cité, il n’y avait aucun véritable projet d’avenir et surtout… aucun renouvellement de joueurs. Une fois l’effet nostalgique passé, beaucoup sont revenus une soirée, quelques heures, juste le temps de revivre quelques souvenirs avant de repartir définitivement. Et le 22 septembre 2019, moins de trois mois après la réouverture, Discretoss annonçait officiellement la fermeture de CRP.

Et maintenant ?

Au final, avoir saboté plus d’un an et demi de réformes n’était probablement pas la meilleure idée de ma vie. Mais honnêtement, à cette époque, plus personne n’y croyait vraiment. Plus personne n’était motivé. Les derniers joueurs voulaient simplement retrouver un serveur, rejouer « comme avant », à l’époque où tout allait bien. Et c’était justement ça, le problème. Je ne m’en rendais pas compte sur le moment, mais la communauté était déjà morte. Elle avait simplement besoin d’un dernier souffle avant de s’éteindre définitivement. C’était un peu comme une fleur fanée qu’on continue d’arroser dans l’espoir de la voir revivre alors que les racines sont déjà mortes depuis longtemps.

Certaines personnes m’en ont voulu pour ce retour en arrière et, encore aujourd’hui, je sais que certains pensent toujours que c’était une erreur. Pourtant, je n’ai absolument aucun regret. J’en avais assez de voir une communauté qui m’avait apporté autant de bonheur, de souvenirs, de fous rires et de rencontres se détruire lentement à cause de réformes devenues, à mes yeux, complètement absurdes pour un simple jeu vidéo. Je ne voulais plus passer mon temps à développer des systèmes complexes que personne n’utilisait réellement. J’étais épuisé. Ce que je reproche encore aujourd’hui à certains de mes détracteurs, et même à Discretoss dans une certaine mesure, c’est surtout de ne pas avoir compris que la génération de joueurs de 2013, 2014 et 2015 n’avait absolument plus rien à voir avec celle de 2016, 2017, 2018 ou 2019.

Capture d'écran d'un des fondateurs C.W.U sur CRP en tant qu'administrateur de cité (2015) Capture d’écran d’un des fondateurs C.W.U sur CRP en tant qu’administrateur de cité (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Les premiers étaient, dans l’ensemble, des joueurs passionnés, investis, souvent plus matures, qui connaissaient profondément l’univers, les règles et le jeu de rôle. Ils voulaient surtout construire quelque chose ensemble et faire vivre le serveur avec les autres joueurs. Les seconds étaient beaucoup plus influencés par YouTube, les tendances du moment et le divertissement immédiat. Beaucoup connaissaient l’univers de manière superficielle et voulaient essentiellement s’amuser individuellement sans forcément penser à l’expérience collective. Et honnêtement, aucune réforme n’aurait réellement pu résoudre ce choc générationnel. Parce qu’au bout d’un moment, il fallait aussi accepter une réalité simple : les joueurs avaient changé. Qui aurait encore envie aujourd’hui de se faire humilier ou frapper pendant des heures sous prétexte que « ça fait partie du jeu » parce qu’on joue la Protection Civile ? Même si cela collait parfaitement à l’univers de Half-Life 2, les mentalités avaient évolué et beaucoup ne l’avaient tout simplement pas compris.

Capture d'écran d'un citoyen décédé après une rééducation en pleine cité (2015) Capture d’écran d’un citoyen décédé après une rééducation en pleine cité (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Aujourd’hui encore, je n’ai aucun regret. Tout ce que je voulais, c’était offrir une dernière danse à la communauté. Faire revivre les souvenirs, faire plaisir à ceux qui étaient là depuis le début et revoir, une dernière fois, le serveur tel qu’il existait avant les réformes, peu importe les conséquences. Je n’ai pas reçu d’honneurs à la fermeture de CRP. Personne n’est venu me féliciter, ni me remercier. Mais malgré tout, je reste extrêmement fier de ce que j’ai accompli. Fier d’avoir réussi, le temps d’un été, à faire revivre un serveur qui m’a énormément apporté sur le plan personnel, social et même professionnel. Certaines des personnes rencontrées là-bas sont encore des amis aujourd’hui et surtout, CRP m’a ouvert la voie vers mon avenir professionnel. Cette communauté m’a permis de développer des compétences techniques, humaines et organisationnelles que je n’aurais probablement jamais apprises ailleurs.

Je suis arrivé sur CRP à 14 ans, complètement perdu et brisé. Quand la communauté a fermé en 2019, j’en avais 19. Et entre-temps, j’étais devenu quelqu’un de beaucoup plus épanoui, confiant et prêt à affronter le monde. Je pourrais encore en parler pendant des heures… mais là, on dépasserait largement le cadre de cet article.

2020-2021, le jeu de la nostalagie

En avril 2020 puis en juillet 2021, le serveur HL2RP a rouvert à plusieurs reprises pendant quelques semaines, généralement durant les vacances d’été, dans l’espoir de voir si quelque chose pouvait encore renaître de tout ça. Mais honnêtement… comme beaucoup s’y attendaient déjà, ça n’a jamais réellement fonctionné. L’effet nostalgique durait quelques jours, parfois quelques semaines, puis les joueurs repartaient progressivement. Finalement, fin septembre 2021, Combined Roleplay a définitivement fermé ses portes. Le TeamSpeak de la communauté (que j’ai récupéré et que j’utilise encore aujourd’hui à titre personnel) a été fermé, le forum également, et seuls les groupes Steam et Discord restent encore accessibles aujourd’hui, davantage comme des vestiges archéologiques que comme de véritables lieux de vie.

Aujourd’hui, CRP est devenu un souvenir. Une légende, une histoire, un mythe, une aventure… bref, une expérience qui a profondément marqué ma vie ainsi que celle de nombreux autres joueurs. Certains anciens membres ont même créé leurs propres communautés afin de continuer à faire vivre l’esprit du HL2RP sous une forme différente, et probablement plus adaptée à ce qu’il manquait à CRP durant ses dernières années pour réellement survivre. De mon côté, la période du coronavirus, mes années à la fac, le temps passé avec mes proches, mon travail puis mes projets de vie m’ont progressivement éloigné des jeux vidéo et du jeu de rôle en général. Pourtant, je garde encore aujourd’hui un souvenir extrêmement précieux de cette communauté, de ses joueurs, des moments partagés et de toutes les aventures que nous avons vécues ensemble.

Parfois, le soir, quand le moral n’est pas au beau fixe, il m’arrive encore d’aller faire un tour sur certains de ces serveurs pour revoir d’anciens joueurs ou simplement observer comment ces nouvelles communautés fonctionnent aujourd’hui. Et honnêtement… ils ont réussi là où nous avons échoué. Rien que pour ça, je les félicite sincèrement. Même si ces serveurs n’auront probablement jamais la même quantité de clampins à gérer que nous à l’époque, je ne peux qu’avoir énormément de respect pour eux… et presque m’agenouiller devant le travail qu’ils accomplissent aujourd’hui.

Capture d'écran d'une scène RP sur le serveur Willard Networks : Echo One (2025) Capture d’écran d’une scène RP sur le serveur Willard Networks : Echo One (2025) (Crédit photo : TheEdge)

(Traduit du brésilien) Il faut savoir fermer des chapitres. Non par fierté, incapacité ou arrogance, mais simplement parce que ce qui précède n’a plus sa place dans votre vie.

Paulo Coelho

Avidian, une caricature de la nouvelle génération

Vous vous attendiez à la fin ? Attendez… ce n’est pas encore totalement terminé. 🙃

En 2024, un ancien joueur de CRP m’a invité sur Avidian, une jeune communauté francophone très populaire aujourd’hui sur Garry’s Mod, notamment grâce à ses serveurs à thème comme Rome RP ou Napoléon RP. Le concept était simple : proposer des serveurs centrés sur des périodes historiques précises avec des mécaniques adaptées à chaque univers et surtout une communauté très soudée. Durant les quatre premiers mois de cette année-là, j’ai travaillé comme développeur sur leurs serveurs et, honnêtement… les mentalités avaient énormément changé. Pourtant, sur le papier, Avidian se revendiquait du « RP sérieux », exactement comme RealLife Roleplay ou Combined Roleplay à leur époque. Mais dans les faits, la manière de jouer, de consommer les scènes RP et même de gérer techniquement les serveurs était totalement différente.

Côté développement, par exemple, il n’y avait pratiquement aucune ambition technique. Les addons et scripts accumulés étaient souvent catastrophiques, mal optimisés, parfois complètement bricolés, mais ça ne semblait inquiéter absolument personne. « Tant que ça fonctionne, où est le problème ? » revenait constamment. Et honnêtement, cette mentalité me rendait fou. Quand les serveurs commençaient à suffoquer techniquement, on accusait directement la vestusté de Garry’s Mod lui-même plutôt que les dizaines de scripts récupérés à droite à gauche, optimisés avec les pieds et jamais réellement entretenus. À notre époque, on passait des semaines à optimiser le moindre système pour rendre l’expérience fluide et immersive, que le joueur possède un PC de la NASA ou un vieux grille-pain Téfal. Aujourd’hui, surtout avec l’explosion de l’intelligence artificielle et des ressources facilement accessibles, beaucoup veulent simplement produire vite. Parfois correctement… mais très souvent n’importe comment. Et le pire, c’est que les joueurs eux-mêmes ne blâment même plus les serveurs : ils accusent directement le jeu. Je trouvais ça complètement absurde.

La communauté était également énormément tournée vers les micro-transactions : donations, avantages payants, grades, skins, accès spéciaux… parfois au point où il fallait presque payer pour accéder aux meilleures scènes RP. Et forcément, ça m’a immédiatement rappelé Dracvar 🤕. Je ne pense pas que les micro-transactions soient mauvaises en soi, mais dans un serveur RP, elles peuvent très vite créer un énorme déséquilibre entre les joueurs et transformer l’expérience en quelque chose de très artificiel. Et pourtant… malgré tout ça, la communauté restait dans le top des serveurs français et les joueurs semblaient sincèrement heureux de jouer Napoléon 1er ou Julius César toute la soirée. Mais justement, il n’y avait plus vraiment cette notion de « RP sérieux » que nous avions connue autrefois. Les scènes étaient consommées extrêmement vite, avec très peu de conséquences ou d’impact réel sur les personnages. Les joueurs suivaient surtout une trame narrative donnée par l’administration, puis c’était « en avant Guingamp » pour le reste.

Quand j’ai terminé ma mission et récupéré ma rémunération, j’ai quitté la communauté avec un mélange de gratitude et de déception. Parce qu’au fond, Avidian restait une bonne communauté, avec des joueurs et des habitués très sympathiques et accueillants. Mais elle représentait aussi tout ce que j’avais fini par détester à la fin de CRP : une vision du jeu de rôle devenue beaucoup plus superficielle, consommable, jetable et éphémère, où les personnages et les histoires semblaient avoir perdu énormément de profondeur. Finalement, Avidian représente assez bien ce qu’est devenue la communauté francophone de Garry’s Mod en 2024, et probablement encore aujourd’hui puisque cette communauté existe toujours.

Et c’est assez fascinant de voir à quel point les mentalités ont changé : en 2014, beaucoup des choses considérées comme normales aujourd’hui auraient probablement signé l’arrêt de mort immédiat d’un serveur RP. Maintenant, c’est devenu la norme. Ça vous rappelle la mort du PERP, hein ? Mais quelque part, j’imagine que c’est simplement une question de génération. Les anciens disaient déjà en 2014 que « tout avait changé » par rapport aux années précédentes. Alors, je suppose qu’en 2034, quelqu’un écrira sûrement exactement la même chose sur « la bonne vieille époque » des années 2020… (si Garry’s Mod existe encore d’ici là 🤣).

Every generation imagines itself to be more intelligent than the one that went before it.

George Orwell

C’est fini ?

Je pense que oui. À vrai dire, cet article de blog a été particulièrement lourd à écrire… et encore plus à relire. J’ai essayé de faire de mon mieux, mais forcément, énormément de souvenirs et d’émotions (aussi bien positives que négatives) sont remontés pendant l’écriture de cet article qui me tenait particulièrement à cœur. Pour celles et ceux qui auront reçu ou lu cet article jusqu’au bout, j’espère sincèrement que vous aurez apprécié ce voyage dans le temps, dans une partie de ma vie sur Garry’s Mod et dans ces communautés qui m’ont marqué durant plus d’une décennie.

Capture d'écran de ma promotion en unité P.C 05... par Discretoss lui-même 💛 (2015) Capture d’écran de ma promotion en unité P.C 05… par Discretoss lui-même 💛 (2015) (Crédit photo : Moi-même)

Merci énormément pour toutes ces années. 💋

L’avenir de Garry’s Mod reste assez incertain, mais je suis convaincu qu’il lui reste encore quelques belles années avant que S&box ne prenne véritablement le relais et fasse rêver une nouvelle génération de joueurs. En attendant, je vous retrouve normalement durant le mois de juillet pour un nouvel article qui sera (si tout se passe bien) écrit par quelqu’un d’autre que moi. Je ne vous en dis pas plus ! 😊

Si vous souhaitez suivre les aventures de Discretoss, sachez qu’il a créé un jeu particulièrement sympa, intitulé La Tour des 12, dont vous pouvez découvrir le projet ici : https://latourdes12.com/ !

D’ici là, prenez soin de vous ~